«Libération» devra faire face à une restructuration «très conséquente», selon son actionnaire Bruno Ledoux

PRESSE Bruno Ledoux, actionnaire et président du conseil de surveillance de Libération a également annoncé des réductions d’effectifs…

J.M. avec AFP

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Les salariés de Libération ont décrit lundi, sur deux pages, leur "combat pour garantir l'avenir de Libé", reprenant, comme un slogan, leur "Une" de samedi qui clamait en gros titres "Nous sommes un journal". 
Les salariés de Libération ont décrit lundi, sur deux pages, leur "combat pour garantir l'avenir de Libé", reprenant, comme un slogan, leur "Une" de samedi qui clamait en gros titres "Nous sommes un journal".  — Pierre Andrieu AFP

Voilà des propos qui ne risquent pas d’apaiser les tensions au sein du journal. Libération doit se restructurer de manière «très conséquente», cette restructuration est «inévitable» et «il y aura moins de journalistes qu'aujourd'hui», a averti jeudi Bruno Ledoux, actionnaire et président du conseil de surveillance de Libération.

Intervenant lors d'un master class à l'Institut européen de journalisme, il a aussi affirmé qu'il bouclerait un tour de table d'environ 12 millions d'euros «en mars», avec l'appui de «trois ou quatre entrepreneurs français». Il s'agit d'«entrepreneurs à succès», «attachés au journal» et qui n'ont pas jusqu'ici investi dans la presse. «Ces 12 millions sont destinés à remettre à flot et financer le journal. Mais pas au projet de centre culturel, qui nécessite des montants plus importants. Là-dessus, moi en tant qu'actionnaire, je pourrais apporter l'immeuble», a-t-il ajouté.

« Il faut passer d'un actionnariat passif à un actionnariat actif » 

Interrogé sur le nombre de suppressions d'emplois éventuelles dans la rédaction, il a répondu : «cela dépend si les gens acceptent le projet multimedia», par exemple en acceptant d'écrire à la fois pour le papier et pour le web, et sur d'autres rubriques que la leur. «Il faut passer d'un actionnariat passif à un actionnariat actif. Pas pour gérer, mais pour échanger avec la direction, et même avec les salariés», a-t-il encore commenté.

Bruno Ledoux, qui détient 26% du quotidien, en grandes difficultés financières, a rappelé devant les étudiants en journalisme son projet de créer sous la marque Libération un réseau social et un espace culturel, et peut-être «une Libé TV, une radio». Mais il a souligné qu'il n'était pas question d'abandonner le papier.

« Les mécènes c'est fini »

«C'est complémentaire. Le journal est au cœur du système. Supprimer le papier serait une grave erreur, car cela supprimerait toute la légitimité. Si demain Libération disparaît, il n'y aura pas de deuxième Libération. Alors que si Mediapart disparaît, il y aurait un deuxième Mediapart. Mais le modèle du papier seul était condamné». «Je n'échouerai pas», a-t-il lancé. «Mais les mécènes c'est fini. Un entreprise de presse doit se considérer comme une entreprise normale, sinon elle est condamnée».

«Le journal n'appartient pas aux journalistes»

Interrogé par des élèves sur l'hostilité de la rédaction, il a répondu que «tout ce qui est nouveau, chez Libé, ça fait un peu peur», mais que «ces idées progressent» dans la rédaction. «Si on est contre, personne n'est tenu de rester», a-t-il ajouté. «Le journal n'appartient pas aux journalistes. On est pas en Union soviétique».  Il a aussi critiqué dans la rédaction «des journalistes qui produisent un papier par mois» ou qui «refusaient d'écrire pour le web» ou pour d'autres rubriques.