#Kiev: «Avec les "livestreams", on ne rate plus rien des événements»

INTERVIEW Les captations vidéo diffusées en temps réel sur YouTube depuis l’Ukraine se multiplient et sont suivies par des centaines de milliers d’internautes. Décryptage de cette manière d’informer avec Julien Pain, responsable éditorial des Observateurs de France 24…

Anaëlle Grondin

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Un livestream sur YouTube permettant de suivre les affrontements à Kiev en Ukraine, le 19 février 2014.
Un livestream sur YouTube permettant de suivre les affrontements à Kiev en Ukraine, le 19 février 2014. — Capture d'écran

Heurts, jets de cocktails molotov, pluie de grenades lacrymogènes, bâtiments en feu… Ces images d’affrontements à Kiev en Ukraine depuis mardi, en marge de manifestations anti-gouvernementales, ne sont pas seulement visibles sur les chaînes et sites d’information. De nombreux «livestreams» permettant de suivre ces événements en direct sont apparus sur YouTube: les internautes peuvent voir en direct et pendant des heures ce qu’il se passe à Kiev grâce à des captations vidéos faites par des amateurs à l’aide d’un mobile ou par des médias sur place. Et sur les réseaux sociaux, les adresses des livestreams étaient largement relayées par les internautes. Celui d'Espreso TV est particulièrement suivi: ce mercredi matin, plus de 165.000 personnes visionnaient le direct.

La plateforme Les Observateurs de France 24 est attentive à ces «livestreams». Julien Pain, son responsable éditorial, décrypte cette façon d’informer pour «20 Minutes».

La possibilité de suivre des affrontements en direct à travers des «livestreams» comme ceux mis en place à Kiev va-t-elle se généraliser selon vous?

Cela fait un certain temps que ça existe. Les premiers à le faire étaient les Tunisiens pendant la révolution, et il y en a eu pendant tous les printemps arabes. Dans tous les coins de la Syrie il y en a aussi.

Pourquoi les liens vers les livestreams de Kiev semblent plus visibles que pour ces événements-là? Ils sont relayés en masse sur Twitter.

La Syrie, cela fait trois ans que c’est un charnier, on ne regarde plus trop. Et pour Kiev, c’est souvent en anglais, il y a beaucoup plus de journalistes sur le terrain qui relaient ces livestreams. Les Ukrainiens sont peut être aussi plus actifs sur les réseaux sociaux. Et le débit Internet là-bas plus important.

Que pensez-vous de cette manière d’informer, sans montage, et le plus souvent sans commentaires?

Pour les internautes, c’est excitant de voir ces images en temps réel. Pour les médias, l’avantage de ces livestreams c’est qu’on ne rate plus rien même s’il y a énormément de journalistes sur place dans le cas de Kiev. S’il y a le moindre coup de matraque, la bavure policière, le véhicule qui explose, on a tout en direct.  Dans le cas de la Syrie, s’il n’y avait pas de livestreams, on n’aurait pas de vidéos. C’est aussi intéressant car tous les incidents peuvent être décryptés ensuite. Plusieurs journalistes de France 24 sont en train de récupérer les vidéos d’hier. On va reprendre les feeds amateurs, les vérifier, et raconter les événements.

N’y a-t-il pas des limites? 

Le vrai danger est la décontextualisation. On peut voir quelqu’un tabasser quelqu’un d’autre en direct sans commentaire, mais sans voir hors champ que des gens lui lançaient des cocktails molotov. Un amateur ne montre pas le hors champ.

>> Voir notre diaporama: L'Ukraine à feu et à sang