«Libération»: L’un des actionnaires répond aux salariés

J. C. avec AFP

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Le logo du journal «Libération».
Le logo du journal «Libération». — M. FEDOUACH / AFP

«Notre projet est la seule solution viable pour Libération. Si les salariés refusent, Libération n'a pas d'avenir», avertit Bruno Ledoux, gros actionnaire du journal, sur son projet de le transformer en réseau social et son siège en espace culturel.

Une AG prévue dimanche au journal

Les actionnaires de Libération ont publié ce samedi dans le journal ce projet surprise, déclenchant la colère des salariés qui l'ont découvert la veille au soir. Ils ont répliqué en titrant en Une: «Nous sommes un journal.» Une AG est prévue dimanche alors qu'une grève a déjà touché le journal vendredi.

Bruno Ledoux, qui détient 26% du journal, à parité avec Édouard de Rothschild, et possède l'immeuble loué par le journal, rue Béranger à Paris, critique les «fortes résistances» des salariés qui l'ont poussé, explique-t-il à l'AFP, à annoncer son projet de cette manière «cash».

«Il y a un moment où il faut que les choses soient dites. Les salariés voulaient un projet, ils l'ont. Le papier restera au coeur du système mais ne sera plus le système lui-même. Nous allons créer un espace culturel: c'est une idée novatrice, à l'heure où tous les médias cherchent des relais de croissance, chacun avec leur propre ADN. Ce lieu apportera des ressources complémentaires qui aideront au développement du journal».

«Il fallait faire un peu violence car à Libération, tout est toujours conflictuel, ajoute-t-il. La manière dont les journalistes ont réagi avec la Une est symptomatique: c'est toujours un “niet” de principe. Alors j'ai eu envie de dire les choses cash. Notre projet redonne une nouvelle perspective, les gens sont libres d'y adhérer ou non. C'est le contraire de ce qu'imaginent les salariés: c'est un moyen de faire vivre leur journal. Cela ne veut plus dire pas de papier, car tout repose sur la production de contenus de qualité qui légitime tout le système.»

«L'enjeu c'est la mort»

«Toutes les tentatives de réforme ont été jusqu'ici vouées à l'échec, malgré les millions investis. Ce projet, économiquement viable, ouvre des perspectives de nouveaux partenariats et les actionnaires actuels pourraient intervenir, au lieu d'investir à perte. Mais quand on évoque ces perspectives en interne, il y a un refus de principe. Donc l'idée m'est venue de mettre notre projet sur la table, devant tous les Français, car comme les journaux sont subventionnés, les Français sont concernés. Il ne faut pas attendre que l'Etat arrête de les soutenir, il faut imaginer les médias dans cinq ou dix ans. On verra si on a le soutien des gens ou pas. Si les salariés refusent, Libération n'a pas d'avenir. L'enjeu, c'est la mort.».

Bruno Ledoux est en revanche enthousiaste sur le potentiel de son projet d'espace culturel, qui est aussi pour lui un moyen de reconquérir les jeunes, lectorat où Libé a «une carte à jouer».

«L'endroit est fantastique, au coeur du Marais. Il sera ouvert à tous, de 8h à 22h. C'est une chance inespérée pour Libération que je sois aussi propriétaire de l'immeuble, c'est ce qui permet de faire ce projet. Un autre propriétaire n'aurait pas misé sur Libération. Le cap est fixé, maintenant il faut l'expliquer, tranche-t-il. Chacun assumera ses responsabilités.»

Dans un mail interne révélé par BFMTV, Bruno Ledoux a même qualifié les salariés d'esprits «étriqués» qu'il voulait «rendre ringards» en dévoilant son projet.