Jean-Jacques Bourdin: «Il faut que les journalistes apprennent à dire non»

Alice Coffin

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Jean-Jacques Bourdin
Jean-Jacques Bourdin — Next Radio TV

Valérie Pécresse, Claire Chazal, Jean-François Achilli, Les Inrocks, Le Monde, TF1… Jean-Jacques Bourdin tape fort contre ses confrères et les politiques. Depuis plus de dix ans à la tête de «Bourdin Direct», la matinale de RMC, dont l’interview politique est aussi diffusée sur BFM TV, il profite aussi de son livre L’Homme libre pour donner ses opinions, même s’il explique «respecter tous les engagements politiques», son seul combat étant «contre le gaz de schiste qui est une immense folie».

C’est un livre de commande ou vous ressentiez la nécessité de dire certaines choses?

J’étais sollicité depuis bien longtemps par des maisons d’édition. J’ai longtemps hésité mais je voulais appeler à un réveil. La situation est sérieuse, les Français sont désespérés, il faut un sursaut. J’ai voulu parler de mon rapport aux responsables politiques. Expliquer pourquoi c’est important lorsqu’ils sont interviewés qu’ils soient dans la conviction, pas dans la position et dans la confusion.

Ce n’est pas nouveau que les politiques refusent de répondre aux journalistes…

De tout temps, les journalistes ont essayé de chercher et les politiques ont essayé de fuir les réponses. Sauf qu’aujourd’hui il y a plus de confusion car il y a plus de moyens d’information.

Parmi lesquels les chaînes d’info comme BFM TV. Quand vous dénoncez «la dictature de l’émotion », le traitement de la politique en «téléréalité » on a un peu envie de vous dire «BFMisation»…

Des accusations comme celles de Bruno Le Roux qui est allé se plaindre de BFM, parce que nous avions demandé à Leonarda de répondre à ce que disait le Président, me font doucement rigoler. Si l’Elysée était organisé, il y aurait un porte-parole, et le Président ne s’exposerait pas. Bruno Le Roux n’a pas compris comment fonctionnent information et démocratie, c’est le degré zéro de la politique.

Vous ne pouvez pas nier que ces chaînes ont changé la donne. Des journalistes qui poireautent des heures devant un bâtiment sans qu’il ne se passe rien, c’est un peu vide, non?

Je trouve qu’elles font plutôt bien leur travail. On est un peu étonné parce que c’est une nouvelle façon de pratiquer le journalisme. La chaîne d’info n’a pas pour vocation d’apporter une réflexion profonde sur les événements mais à en rendre compte. Et pour rendre compte d’un événement, elle est obligée d’accorder une importance démesurée à ce qui, sur le moment, n’en a pas.

Vous parlez nouvelles pratiques du journalisme, d’ailleurs vous citez beaucoup Mediapart dans votre ouvrage...

Oui car je suis plein d’espoir pour notre métier. Je suis très heureux de voir que sur Internet on trouve de nouveaux médias, de nouveaux journalistes qui vont débusquer ce qui doit l’être. Les journalistes n’ont jamais été aussi indispensables.

Pourtant, vous ne loupez pas certains de vos confrères. Vous dénoncez les «interviews de révérence» de Claire Chazal et pas mal d’autres…

Il faut que les journalistes apprennent à dire non. Le public met dans le même sac journalistes et politiques. On a tous besoin de lignes de conduite, de rigueur.

En parlant de lignes de conduite, qu’avez-vous pensé de la publication par Closer des photographies de François Hollande et Julie Gayet?

Cela ne me choque pas. Un président de la République va passer la nuit chez sa maîtresse en scooter, je comprends que Closer diffuse les images.

Pourquoi est-ce Closer et pas un autre journal qui a publié?

La presse people fait aussi bien son travail que la presse traditionnelle car elle n’a pas peur des puissants. Elle est décomplexée. Paris Match a, lui, une pratique du journalisme condamnable où les interviews sont préparées, on met tout en scène, c’est de la connivence totale.

Votre livre se termine par cette injonction: «Faire du neuf!». Comment est-ce compatible avec l’organigramme de RMC et du groupe Next Radio TV, empli d’hommes de plus de 50 ans?

C’est une très bonne remarque. C’est notre faiblesse. Nous devons faire beaucoup d’efforts dans ce domaine. On manque effectivement de femmes aux postes de direction, je suis totalement d’accord.