Le « Rapport Omertà » exhume les sujets enterrés par les médias

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Le Rapport Omertà, c'est un peu celui de la Cour des comptes, avec une plume plus alerte et plus drôle. Il dresse un catalogue des « sujets qui fâchent et [qui] sont gentiment noyés dans le bruit médiatique », comme l’explique l’introduction de l’ouvrage, autrement dit tout ce dont, pour des raisons diverses – trouille, intérêts bien compris, nécessité de ne pas gripper les renvois d’ascenseur, censure ou (pire) autocensure –, on ne parle pas dans les médias. Dans le chapitre « Au pays des étouffeurs », le procureur Eric de Montgolfier explique pourquoi, nommé pour faire le ménage au tribunal de Nice (où se mélangent les affaires « classiques », l’influence des réseaux maçonniques et des soupçons de pédophilie), il se trouvera en position de « social-traître », comme il le dit lui-même : « Ce que je fais n’est pas ce qu’on attend d’un magistrat : fort avec les faibles, faible avec les forts (...). Là je tire contre mon camp. » Dans un registre plus dramatique, le journaliste Bernard Nicolas relate comment la justice française s’est ingéniée à camoufler l’assassinat du juge Borrel : envoyé en mission de coopération à Djibouti en 1995, il s’était « suicidé », comme on sait le faire dans les pays totalitaires. Au sujet d’une île un peu plus démocratique et plus proche – la Corse –, Sébastien Fontenelle s’est livré à une révélatrice étude statistique et sémantique : comment Le Monde traite les ribambelles d’attentats qui servent de bande sonore à l’Ile de Beauté. Le chapitre s’appelle « U Mondu ou Le Monde version corse ». Dure semaine, décidément pour le quotidien de référence. F. F.