Gayet-Hollande: «Closer» ne risque pas grand-chose sur le plan juridique

Joël Métreau

— 

Illustration: Une lectrice du magazine Closer.
Illustration: Une lectrice du magazine Closer. — WENN/SIPA

Interrogée au micro de RTL ce jeudi midi, Laurence Pieau, directrice de la rédaction de Closer, déclare que la relation entre Julie Gayet et François Hollande «est connue de beaucoup de monde à Paris et a été évoquée sur des plateaux de télé. Cela ressemble à une conversation d’initiés. Un papier de L’Express raconte qu’il a de plus en plus de rendez-vous secrets. C’est quelque chose qu’on sait.» Pour elle, il peut y avoir des suites judiciaires: «Il peut attaquer sur le terrain de la vie privée (l’article 9 du code civil) et sur le droit à l’image car les photos n’ont pas été autorisées,  mais ce serait une première en France qu’un Président assigne la presse sur droit à la vie privée.»

«Un débat sur le droit de savoir des citoyens»

Interrogée par 20 Minutes, Anne Cousin, avocate spécialisée en droit de la presse chez Granrut estime que «le risque maximum pour Closer, c’est le retrait de ventes du magazine. Cela dit, dans le magazine, on ne voit de photo de François Hollande qui porterait atteinte à sa dignité. D’ailleurs, on ne le voit pas. Seul le texte permet de savoir que c’est lui. Certes, il y a un risque d’atteinte à sa vie privée, mais aussi un débat sur le droit de savoir des citoyens. Le journaliste reclasse la vie privée dans un contexte de vie politique en se demandent s’il est bien protégé: est-il prudent de se promener en scooter seul quand on est chef de l’Etat?» Du coup, «l’issue du contentieux est beaucoup plus ouverte que ça ne le pourrait le paraître.»

Concernant la notion de vie privée des personnalités publiques, l’avocate renvoie aussi à l’arrêt du 19 septembre 2013 de la Cour européenne des droits de l’homme, qui avait débouté Caroline de Monaco pour des photos publiées par le magazine allemand 7 Tage, qu’elle jugeait attentatoire à sa vie privée. Un arrêt qui rappelait que la notion de vie privée» est une notion large et que «la publication d’une photo interfère dès lors avec la vie privée d’une personne, même si cette personne est une personne publique». Et d’ajouter qu’il existe des «critères pertinents pour la mise en balance du droit au respect de la vie privée et du droit à la  liberté d’expression: la contribution à un débat d’intérêt général, la notoriété de la personne  visée et l’objet du reportage, le comportement antérieur de la personne concernée, le contenu…»

François Mitterrand en 1994

Emmanuel Pierrat, avocat spécialiste du droit de la presse, confie aussi à 20 Minutes que «Closer ne risque pas grand-chose. Au pire de très faibles dommages et intérêts pour François Hollande et une somme à peine plus consistante pour Julie Gayet. Car il y a beaucoup de jurisprudence pour les hommes politiques qui tend à dire qu’ils ont de moins en moins de vie privée.» Et de faire référence à la décision de justice concernant la «vie privée» de deux militants du Front national, dont Steeve Briois, le candidat FN à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) aux prochaines élections municipales.

Il rappelle aussi que lors de la révélation par Paris Match en novembre 1994, de l’existence de Mazarine Pingeot, fille adultérine de François Mitterrand, le président de la République, à l’époque n’avait pas porté plainte contre le magazine.