«Le jeu des 1000 euros», une émission mythique adaptée en pièce de théâtre

J.M. (avec AFP)

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Nicolas Stoufflet, à droite, producteur de radio et un des  animateurs de l'émission de radio de France Inter, le Jeu des 1.000  euros, s'adresse aux candidats, le 19 décembre lors de  l'enregistrement de l'émission à la salle des Fêtes de Rosny- sous-Bois.
Nicolas Stoufflet, à droite, producteur de radio et un des animateurs de l'émission de radio de France Inter, le Jeu des 1.000 euros, s'adresse aux candidats, le 19 décembre lors de l'enregistrement de l'émission à la salle des Fêtes de Rosny- sous-Bois. — FRANCOIS GUILLOT / AFP

«Chers amis, bonjour !»: lorsque le comédien Bertrand Bossard lance son salut, un rire parcourt la salle. Pour un peu, on se croirait à l'enregistrement du Jeu des 1.000 euros de France Inter, dans l'euphorie du fameux «Banco, banco !» Mais on est au théâtre, à Jeumont près de Maubeuge, où se joue la pièce Le jeu des 1.000 euros, avant de se poser deux semaines, du 10 janvier au 1er février au théâtre de la Commune à Aubervilliers, en proche banlieue de Paris.

«J'avoue que quand j'ai vu pour la première fois Bertrand Bossard dans mon rôle, j'étais troublé», reconnaît Nicolas Stoufflet, animateur du «vrai» Jeu des 1.000 euros depuis 2008. Enthousiasmé par le projet, Nicolas Stoufflet a beaucoup discuté pendant la gestation avec l'auteur Bertrand Bossard et a vu la pièce deux fois. Mercredi et jeudi, il a enregistré le jeu en public au théâtre de la Commune, où sera montée la pièce en janvier.

Même rituel, avec questions de couleur et métallophone

Les similitudes sont frappantes: même rituel de questions bleues, blanches et rouges. Même petit instrument, le «métallophone», une sorte de xylophone qui rythme le passage des secondes. Dans le «vrai» jeu, c'est Yann Pailleret, l'homme de la logistique, qui bat la mesure, imperturbable.

Dans la pièce de théâtre, le métallophone sonne faux, les questions déraillent, les candidats confisquent la parole pour de longues envolées sur le romantisme allemand ou l'homme révolté, et la réflexion prend le pas peu à peu sur le rire.

1,2 million d’auditeurs

«Je voulais qu'on reconnaisse le jeu, mais aussi qu'on soit déstabilisé», explique Bertrand Bossard. La pièce se déroule dans un monde futuriste, où le savoir est interdit et les esprits domestiqués. Deux survivants ressuscitent le «Jeu des mille euros», comme un acte de résistance dans une société lobotomisée.

Pour Bertrand Bossard, le Jeu des mille euros est une «liturgie républicaine». «Populaire mais pas populiste», avance pour sa part Nicolas Stoufflet. Il défend «un jeu unique, qui garde une vivacité extraordinaire malgré son ancienneté». Pour preuve une audience record sur la tranche horaire, avec 1,2 million d'auditeurs.

Lucien Jeunesse, Louis Bozon, puis Nicolas Stoufflet

Depuis la création en 1958 par Henri Kubnick, l'émission a pourtant failli être supprimée à la retraite de son animateur vedette Lucien Jeunesse en 1995. Face au tollé des auditeurs, France Inter la relance avec Louis Bozon, qui parcourt la France jusqu'en 2008 et lance les émissions spéciales «jeunes».

«Le savoir évolue, estime-t-il. On ne pose plus autant de questions napoléoniennes aujourd'hui !» Nicolas Stoufflet jure que «le niveau ne baisse pas», mais reconnaît que les jeunes sont «moins bons en géographie, meilleurs en sciences».

L'esprit du jeu, lui, n'a pas changé: on ne vient pas pour l'argent mais pour tester sa culture. «C'est pas show-biz du tout, les gens viennent en famille, enfants, parents et grands parents», souligne Nicolas Stoufflet. «C'est une fête. Je n'ai en face de moi que des sourires».