Des scènes d’urgence humanitaire reconstituées pour la Croix-Rouge

MEDIAS Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a confié au photojournaliste Tom Stoddart le soin de réaliser sa campagne de communication…

Joël Métreau

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Deux affiches de la campagne «C'est une question de vie ou de mort» pour la Croix Rouge.
Deux affiches de la campagne «C'est une question de vie ou de mort» pour la Croix Rouge. — Tom Stoddart pour le CICR / Reportage by Getty Images

Voilà 150 ans que cette organisation non gouvernementale exerce son activité dans le monde. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) est l’une des plus anciennes associations humanitaires. Cette année, elle a confié au photographe Tom Stoddart et à  l’équipe de «Reportage by Getty Images» le soin de réaliser sa campagne. Quatre photos qui s’affichent sur les murs du métro parisien du 16 au 22 décembre, après avoir été présentées à Londres et à Madrid. Quatre photos prises dans un studio du sud de Londres, pendant cinq jours, pour rappeler que «les personnels de santé, les médecins, les infirmiers et les aides-soignants doivent pouvoir circuler librement dans les zones de conflit», explique Tom Stoddart à 20 Minutes.

Mais pour un photojournaliste britannique aguerri aux zones de conflit et habitué à rendre compte de la réalité de la mort et de la souffrance, n’est-ce pas étrange de mettre en scène quatre photos? «Ce n’était pas raisonnable d’aller sur le terrain pour une séance photo afin d’avoir les images sophistiquées qui devaient capturer l’imagination de celui qui les regarde. On a préféré les récréer», répond-il. Et puis, les photos ne prétendent pas au réalisme. «On veut d’abord capter l’attention du passant, afin qu’il lise le message. C’est une campagne de communication, pas un travail éditorial.»

«La couleur peut parfois distraire»

Sur son site Web, Tom Stoddart a mis en exergue une citation du photojournaliste canadien Ted Grant: «Quand vous photographiez des gens en couleur, vous photographiez leurs vêtements. Mais quand vous photographiez des gens en noir et blanc, vous photographiez leur âme.» Le Britannique qui privilégie aussi le noir et blanc, «dans la lignée de Sebastião Salgado», a dû se plier à la commande de la Croix Rouge, qui souhaitait de la couleur.

«La couleur peut parfois distraire celui qui regarde une image. J’ai donc écarté les couleurs primaires, je voulais qu’elles soient atténuées. Par exemple, pour l’enfant dans l’ambulance, il ne fallait pas de couverture voyante afin que le regard aille directement vers le visage du petit garçon», indique-t-il. Couleurs délavées et lumière douce donc. Pas de photos d’extérieur en plein jour, afin de jouer plus facilement avec la lumière et faire naître des atmosphères.

Douleur, peur, reconnaissance…

Des croquis préparatifs ont été conçus pour représenter les scènes. Par souci d’exactitude, le CICR avait aussi dépêché un médecin sur le plateau pour vérifier la justesse des gestes soignants. C’est donc dans la conception des ambiances que Tom Stoddart a pu exercer sa liberté, mais aussi dans les directives adressées aux modèles. Par exemple, cette photo avec une femme enceinte dans un hôpital militaire: «Elle était vraiment en fin de grossesse. Je voulais qu’elle me donne une expression qui mélange la douleur, la peur mais aussi la reconnaissance pour cet accès à des médecins.» Pour le CICR, les soins doivent être apportés à tous, aux combattants comme aux civils.

Une estime pour les photojournalistes

En 2013, le Comité international de la Croix-Rouge a décerné son troisième Visa d’Or humanitaire au photojournaliste Sebastiano Tomada (Sipa Press) pour un reportage réalisé à Alep, en Syrie. Elle travaille aussi depuis trois ans sur une série de projets avec l’agence photos Getty Images, qui a consacré début juillet un reportage au travail des volontaires de la Croix-Rouge dans le Soudan du Sud, miné par les violences intercommunautaires.