Rhabillé en site du «Nouvel Obs», «Rue89» se met en grève

MÉDIAS e site d’information a changé de présentation vendredi, et apparaît désormais sous le logo du «Nouvel Observateur». Les journalistes qui craignent que «Rue89 soit dilué et confondu» se sont mis en grève ce lundi matin...

Annabelle Laurent

— 

La nouvelle présentation du site de de Rue 89 depuis le vendredi 6 décembre 2013. 
La nouvelle présentation du site de de Rue 89 depuis le vendredi 6 décembre 2013.  — RUE 89

Pour «la première fois de sa courte histoire» et pour «continuer à être elle-même», Rue89 a voté la grève ce lundi matin, annonce son équipe dans un billet publié sur le site. «On a voté la grève à 10h30, le site est mort aujourd’hui. Les chefs ne sont pas en grève mais nous soutiennent», précise à 20 Minutes la journaliste Renée Greusard.

Une simple mention «Partenaire Rue 89»

Vendredi dernier, les lecteurs de Rue89 ont découvert une nouvelle présentation du site dans laquelle le logo de Rue89 apparaît désormais sous celui du Nouvel Observateur, sa maison mère, avec la simple mention «Partenaire Rue89». L’adresse web devient par ailleurs http://rue89.nouvelobs.com. Deux conditions imposées par le Nouvel Observateur et acceptées jeudi dernier par le directoire de Rue89.

Le même jour, dix-sept journalistes de l’équipe de Rue89 exprimaient dans un premier billet publié sur le site leur désapprobation face à ce «changement du haut de la page». «Nous craignons, à terme, que Rue89 soit dilué et confondu. La stratégie Web du groupe devrait miser sur les réussites de Rue89 et non écraser, dans une logique de court terme, ce que l'équipe a construit pendant sept ans», écrivent-ils.

Rue89 réclame le retrait des «changements du haut de la page»

Le motif du changement du site est transparent. Il est directement lié aux nouvelles règles des mesures d’audience de Médiamétrie, qui, à compter de décembre, ne cumuleront les chiffres d’audiences de sites distincts qu’à condition que l’affiliation à un même groupe soit clairement visible aux yeux de l’internaute. Or Rue89 apporte un quart des audiences web du groupe, ce à quoi Le Nouvel Observateur ne veut évidemment pas renoncer.

Alors que Claude Perdriel, propriétaire du groupe Nouvel Observateur, pourrait passer la main, comme le précisent les journalistes dans le second billet publié ce lundi matin, l’équipe souhaite «obtenir des garanties sur l’avenir du Nouvel Obs et de Rue 89». Les journalistes revendiquent ainsi: «le retrait des "changements du haut de la page"», «le maintien de l’équipe, hormis les quatre membres du directoire» pendant 24 mois et «la réouverture de la clause de cession qui a suivi le rachat en janvier 2012: nous avions alors reçu comme promesse le développement et non la cannibalisation de Rue89».

Un «gros risque par rapport à nos lecteurs»

Concernant le rachat de janvier 2012, les journalistes précisaient vendredi que «la liberté éditoriale a toujours été respectée». «On n’a pas eu de pression sur la ligne éditoriale, confirme Renée Greusard. Mais ce qu’on défend vivement, c’est que ce choix n’est pas stratégique. C’est tout le groupe qui va perdre des visiteurs», car, selon l’équipe, c’est «un gros risque par rapport à nos lecteurs». 

Renée Greusard rappelle combien la communauté des lecteurs de Rue89 est attachée au site. «Au moment du rachat, on a déjà beaucoup lutté avec nos lecteurs pour leur expliquer pourquoi, et on s’est battus pour leur prouver qu’on pouvait rester nous-mêmes». «Vendredi, avant même qu’on ait publié le communiqué, ajoute Renée Greusard, nos lecteurs commentaient sur des articles qui n’avaient rien à voir en disant, à propos des changements du site, "Voilà, c’est fini, Rue89".»