Des journalistes interpellés sur leur usage des clichés à l’égard des minorités

Joël Métreau

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En avril 2010, des associations manifestent devant une société
de production audiovisuelle après des propos racistes tenus
par Eric Zemmour dans « Salut les terriens » sur Canal +.
En avril 2010, des associations manifestent devant une société de production audiovisuelle après des propos racistes tenus par Eric Zemmour dans « Salut les terriens » sur Canal +. — B. Guay / AFP

Il existe dans les médias un racisme facilement identifiable, comme la une récente d’un hebdomadaire proche de l’extrême-droite. Mais la majorité des journalistes ne sont pas à l’abri de ressasser des clichés concernant toutes les minorités. Précis à l’usage des journalistes qui veulent écrire sur les Noirs, les musulmans, les Asiatiques, les Roms, les homos, les banlieues, les juifs, les femmes (éditions le Cavalier Bleu, 10€) interpelle avec humour ceux qui s’imaginent qu’être gay, c’est être efféminé ou que «la misère des Roms» serait «un choix culturel».  Parmi les contributeurs, des journalistes comme Kedi Bebey qui livre ses conseils sur «comment écrire un article sur l’Afrique les Africains et les Noirs sans se faire tancer» ou Abdelkrim Branine avec une fiction grinçante «Alerte Djellaba».

«Les journalistes sont des gens comme les autres. Des êtres humains normaux qui véhiculent parfois inconsciemment des préjugés», indique Virginie Sassoon de Panos Europe, ONG à l’initiative de ce livre. Elle pointe les difficultés actuelles rencontrées par la profession comme la «précarité» de jeunes pigistes et la «rapidité d’exécution» de certains travaux, qui amènent parfois à des raccourcis malencontreux. Puis, «l’opportunisme» de certains hebdomadaires à mettre des couvertures pour «faire vendre».

Autre facteur de préjugés, selon elle, «l’homogénéité socioculturelle des journalistes, qui viennent des classes moyennes et supérieures. Si la profession s’ouvrait à des profils et des parcours plus variés, il y aura aussi un impact sur le contenu. Mais les journalistes ne sont pas tous blancs et bourgeois», nuance-t-elle. Et de citer les exemples du Bondy Blog ou de Raphäl Yem désormais sur MTV. Pour lutter contre les préjugés aussi, «les compétences premières demeurent la rigueur et la curiosité du journaliste.»

« Il ne s’agit pas de culpabiliser»

«Il ne s’agit pas de culpabiliser, précise Virginie Sassoon. Nous avons souhaité adopter une approche bienveillante». Ne seront donc pas cités ceux qui ont dépeint Rama Yade comme la « Naomi Campbell du gouvernement » Sarkozy ou qui ont désigné Seybah Dagoma, députée de la 5e circonscription de Paris, comme la «Rama Yade de Bertrand Delanoë», comme le rappelle la militante  Rokhaya Diallo dans un texte publié dans le Précis (mais aussi lisible dans son intégralité sur le Huffington Post).

Ces journalistes ne sont pas cités, mais chaque année courent le risque d’être de recevoir un trophée lors d’une cérémonie organisé par les Indivisibles. L’association a été invitée à écrire les «Dix commandements à l’usage des jeunes journalistes qui souhaitent éviter d’être nommés aux ‘’Y’a Bon Awards’’ ». Alors que le journaliste Harry Roselmack dénonçait récemment «le retour de la France raciste» dans une tribune du monde, ce petit précis peut remettre les idées en place, et pas seulement chez les journalistes.