«Libération» condamné pour avoir diffamé les laboratoires Servier

avec AFP

— 

Le quotidien Libération a été condamné ce vendredi en diffamation pour des articles de son numéro du 23 décembre 2010 consacrés aux Laboratoires Servier, qui commercialisait le Mediator, médicament soupçonné d'avoir fait entre 500 et 2.000 morts.

Laurent Joffrin, à l'époque directeur de la publication du journal, a été condamné à 1.000 euros d'amende, tandis que les quatre journalistes signataires des articles litigieux l'ont été à 400 euros d'amende avec sursis. Ils devront en outre verser un euro de dommages et intérêts aux laboratoires Servier et 2.500 euros pour les frais de justice.

Les journalistes ne disposaient pas de suffisamment d’éléments pour le tribunal

Les passages poursuivis «imputent aux laboratoires de contraindre au silence ses anciens salariés, par la peur qu'ils éprouvent de subir des représailles portant gravement atteinte à leur intérêts professionnels et même à leur vie, et de les empêcher ainsi de révéler les méthodes de fonctionnement et de gestion de l'entreprise», résume le tribunal correctionnel de Paris dans son jugement.

Le journal affirmait que Servier avait «exercé (...) sur plusieurs acteurs du dossier susceptibles de compromettre la commercialisation de l'Isoméride diverses pressions et mesures d'intimidation allant jusqu'aux menaces de mort». Le tribunal a estimé que les journalistes ne prouvent pas qu'ils disposaient de suffisamment d'éléments pour porter de telles allégations. Les juges ont par ailleurs estimé que les rédacteurs ne justifiaient pas des demandes de rendez-vous avec Servier et n'ont pas indiqué dans les articles poursuivis de refus des laboratoires de communiquer.

Le respect du contradictoire «pas établi de manière suffisamment probante» 

Ainsi, le respect du contradictoire, «indispensable en l'espèce au regard des imputations formulées», «n'est pas établi de manière suffisamment probante», a tranché le tribunal. L'avocat de Libération, Me Emmanuel Soussen, a déclaré à l'AFP qu'il n'est «pas d'accord» avec l'interprétation du tribunal des pièces produites en défense.