«Libération» a supprimé toutes les photo de son numéro de jeudi

Alice Coffin
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Libération sans photo
Libération sans photo — Libération

Zéro photo aujourd’hui dans Libération. A la place, au fil des pages, de grands cadres blancs, sans rien à l’intérieur. Les photos qui auraient dû être éditées figurent toutes sur une double page, à la fin du journal. C’est  «un choc visuel, explique Brigitte Ollier en page 23. Pour la première fois de son histoire, Libération parait sans photographie. A leur place, une série de cadres vides qui créent un espace de silences, assez inconfortable : c’est flagrant, il y a un manque d’information … ».  «On s’est interrogé pour savoir si notre démarche serait comprise, explique Sylvain Bourmeau, directeur adjoint de la rédaction, à 20Minutes. On voulait montrer par l’absurde l’importance de la photo. Il y a beaucoup d’inquiétudes sur les conditions de possibilité du journalisme photo. Libération est le journal qui a sans doute le service photo le plus important, c’est un choix de notre part. Il faut se rappeler qu’il n’y a pas si longtemps il n’y avait pas de photo dans Le Monde ».

«Il n’y a plus de politique photo»

Les photos, d’accord, mais quid du sort des photographes ? Interrogés par 20Minutes, certains, tout en rejoignant les constats, dénoncent l’«hypocrisie» de la démarche. «Libération a vraiment amené quelque chose dans la photo de presse, estime Eric Cabanis, reporter photographe et délégué du personnel SNJ-CGT à l’Agence France Presse (AFP). Mais cela fait longtemps qu’il n’y a plus de politique photo. Ce n’est pas propre à Libération, dans tous les grands groupes de presse la photo est le parent pauvre.»

«Les photographes sont malmenés par la presse»

La photo, et les photographes, donc. Il est en particulier question du sort des photographes de guerre à la Une de Libération, mais, estime Jean-Claude Coutausse, membre de l’Observatoire du photojournalisme, qui a travaillé à Libération dans les années 80, et couvre désormais la politique pour Le Monde «on ne parle que de la photo de guerre aux festivals de Perpignan ou de Bayeux, mais le problème est d’abord dans l’absence totale de respect de la loi dont sont victimes les photographes. Pour leur statut comme pour leurs conditions économiques.  Les photographes sont malmenés par la presse.» «On demande trop souvent au même journaliste de faire à la fois du texte, de la photo, de la vidéo», renchérit Eric Cabanis. La photographie de presse demande un œil, un regard, c’est un métier. Il est sacrifié».

C’est, sans doute, ce qu’a essayé d’illustrer le numéro de Libération du jour, qui a aussi provoqué réactions réjouies ou sceptiques sur les réseaux sociaux

Top, cette maquette de Libé du jour, sans images, pr monter l'importance de la #photo. pic.twitter.com/tGC5h86fud v/@JeromeBalazard

— Capucine Cousin (@Capucine_Cousin) November 14, 2013 


#Libé sans photo, certes. #photojournalisme ne sont-ils pas aussi ces titres qui n'ont plus de vrai service photo ?
— Emmanuel HASLE (@Emmanuel_HASLE) November 14, 2013
Bruno Duvic sur l'édition sans photo de #Libé dans la revue de presse de France Inter: "C'est bien pensé mais c'est raté." Merci Bruno.
— Jérôme Balazard (@JeromeBalazard) November 14, 2013
>>> Retrouvez l'interview de Raymond Depardon