«Libération» a payé 50 euros pour interviewer Leonarda et défend sa démarche

Anaëlle Grondin

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Le portrait de Léonarda Dibrani dans «Libération», le 12 novembre 2013.
Le portrait de Léonarda Dibrani dans «Libération», le 12 novembre 2013. — 20 MINUTES

Devenue un symbole, la voilà en dernière page de Libération ce mardi. Elle? Leonarda Dibrani, 15 ans, expulsée avec ses parents et ses cinq frères et sœurs du territoire français en octobre à Mitrovica au Kosovo. Un mois après son arrestation par des policiers qui viennent la chercher lors d’une sortie scolaire, le quotidien français est allé à sa rencontre pour lui consacrer sa célèbre page «portrait».

Mais pour pouvoir interviewer l’adolescente dont l’histoire fait polémique depuis plusieurs semaines, le journaliste Michel Henry a accepté de sortir son porte-monnaie et donner 50 euros à la jeune fille et à sa famille. Il s’en explique dans son portrait. «Amers et déçus, ils cherchent, en vertu de cette stratégie de la débrouille qui gouverne leurs vies, à tirer bénéfice de l’appétit des médias. Resat, le père, fixe ses conditions: il faut "donner un truc" pour obtenir l’interview. "Tu comprends, on n’a pas de thunes", détaille Leonarda». Le journaliste poursuit: «D’ordinaire, jamais Libération ne paye, mais là, allez savoir pourquoi, on cède tout en négociant serré. Affaire conclue à 50 euros, au lieu des 200 réclamés». 

Si Michel Henry a eu l’honnêteté de révéler que l’interview avait été monnayée dans son portrait, son aveu, étonnant, n’a pas manqué de faire réagir ses confrères ainsi que des lecteurs du journal, estomaqués.

Contacté par 20 Minutes, Michel Henry n’a pas souhaité «en dire plus». En revanche, Luc Le Vaillant, en charge de la page «portraits» à Libération, vient de publier un article sur le site du quotidien expliquant pourquoi le journal a donné de l'argent au père de la jeune Rom. Il confirme qu’«à Libération, on ne paye jamais pour obtenir une information ou un entretien». Mais ajoute: «Cela dit, il nous arrive d’inviter des gens à déjeuner, et ça coûte parfois beaucoup plus de 50 euros.» Luc Le Vaillant précise que le journaliste s’est interrogé avant de payer pour faire l’interview: «Michel Henry a hésité, s’est demandé que faire, a pensé laisser tomber. On en a parlé tous les deux au téléphone. Et puis, il a accepté de négocier et a fini par payer 50 malheureux euros. Qui ne lui seront pas remboursés vu qu’il n’a pas ramené de note de frais, que les rapiats se rassurent…»

Il finit par prendre la défense du journaliste: «Il a payé, sûrement aussi, parce qu’il avait affaire à des gens aux abois, dans une débine totale et qui, une fois la vague média retirée, se retrouvent le bec dans l’eau et tentent de s’en tirer par tous les moyens. Et 50 euros, au Kosovo, ce n’est pas rien quand on n’a ni boulot, ni perspectives.»