Avec la «Revue Dessinée», la BD reportage arrive en magazine

20 Minutes avec AFP
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Le gaz de schiste, les marins des terres australes et les  coulisses du zoo du Jardin des plantes sont au menu jeudi de la première  Revue Dessinée, magazine trimestriel et nouvelle étape dans l'essor du reportage en BD.

«Les auteurs se réjouissaient d'utiliser autrement le langage de la  BD. Les journalistes aussi, d'autant qu'il n'est pas évident pour eux de  diffuser certaines enquêtes», explique le scénariste Olivier Jouvray,  cofondateur de cette revue basée à Lyon.

Poursuite du travail de la revue XXI

L'idée a germé à l'automne 2011 lorsque Franck Bourgeron, venu de  l'animation et de la bande dessinée, a imaginé un magazine de BD «du  réel», poursuivant à grande échelle le travail de la revue XXI, qui  diffuse chaque trimestre un reportage graphique.

Quelques mois plus tard, en janvier 2012, le Festival d'Angoulême  sacrait meilleur album les «Chroniques de Jérusalem» de Guy Delisle,  nouvelle oeuvre de BD reportage, renforçant la curiosité autour de ce  projet sans équivalent.

Soutien de cinq investisseurs et de Gallimard

Les six fondateurs - Franck Bourgeron, Olivier Jouvray, le  journaliste David Servenay, et les scénaristes Sylvain Ricard, Virginie  Ollagnier et Kris - obtiennent assez vite le soutien de cinq  investisseurs et des éditions Futuropolis (Gallimard).

Le tour de table leur apporte 180.000 euros, en cédant 18% de la  société. Deux subventions de la région Rhône-Alpes et du Centre national  du Livre pour la version tablette de la revue, de 20.000 euros chacune,  complètent le budget.

Associer journalistes et auteurs

Reste à mener une aventure rédactionnelle inédite, sur 230 pages, en  associant des journalistes et auteurs qui, souvent, n'ont jamais  travaillé ensemble. «L'équipe de la Revue Dessinée est une bande de marieurs», résume le site du projet.

Dans ce premier numéro, tiré à 15.500 exemplaires et vendu 15 euros,  une enquête sur les dessous de table versés pour la vente des terres  agricoles associe ainsi deux jeunes diplômés de l'Ecole de journalisme  de Lille au dessinateur Sébastien Vassant.

Autre union réussie, entre le journaliste d'investigation Sylvain  Lapoix et le dessinateur Daniel Blancou: une enquête en trois volets sur  les pionniers du gaz de schiste, qui emmène le lecteur dans les  Etats-Unis des années Carter. «Chaque sujet doit être fluide et facile  d'accès. Mais on pousse aussi les auteurs à explorer des choses  nouvelles, à recourir aux schémas ou à bousculer la narration. Rien  n'est interdit», insiste Olivier Jouvray.

D’un ton sobre à la fantaisie

D'une planche à l'autre, on bascule ainsi d'un ton sobre à la  fantaisie la plus débridée, du carnet de voyages de Christian Caillaux, à  bord d'une frégate de la Marine nationale, à la plongée hilarante de  Marion Montaigne au Jardin des Plantes.

La revue, qui a déjà programmé un reportage à Fukushima et une vaste  enquête sur la violence politique des années 1970 pour ses prochains  numéros, offre un nouveau support aux adeptes de la BD reportage, en  plein essor depuis une dizaine d'années.

150 euros par planche

Le genre a explosé avec l'énorme succès du Persépolis de  Marjane Satrapi (2000-2003), et compte Joe Sacco, Etienne Davodeau,  Philippe Squarzoni ou Jean-Philippe Stassen parmi ses figures  emblématiques.

Après avoir fidélisé un nouveau public, «plus international et  féminisé que celui de la BD classique», selon Olivier Jouvray, l'enjeu  pour les auteurs reste de vivre correctement de leur travail, dans une  profession largement paupérisée. «On s'efforce de protéger leurs droits  pour des publications ultérieures et on les rémunère 150 euros par  planche, quitte à augmenter ensuite si ça marche bien», précise le  scénariste.