Syrie: Les coulisses de l’interview de Bachar al-Assad dans «Le Figaro»

A.G.

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Interview de Bachar al-Assad dans le journal «Le Figaro» du 3 septembre 2013.
Interview de Bachar al-Assad dans le journal «Le Figaro» du 3 septembre 2013. — A. GELEBART / 20 MINUTES

«EXCLUSIF - Le président syrien Bachar el-Assad s'exprime dans Le Figaro». Lundi après-midi, le quotidien national annonçait la mise en ligne le soir même d’une interview pour le moins inattendue. Son envoyé spécial à Damas, Georges Malbrunot, a rencontré «en exclusivité mondiale», le chef d’Etat syrien, qui «met en garde la France» dans son entretien.

Le grand reporter raconte que sa rencontre avec Bachar al-Assad s’est tenue lundi matin à 10 heures dans une maison proche de Damas. «Nous avons franchi un seul barrage avant d’y arriver. La sécurité alentour paraissait minimale. Je n’ai pas été fouillé», écrit-il sur lefigaro.fr. Le président syrien est même venu l’accueillir sous le porche à l’entrée. «Il a voulu montrer aussi qu'il n'était pas aux abois. Il m'a reçu dans une maison, sans un grand dispositif de sécurité», raconte Georges Malbrunot.

Une demande d’interview lancée «il y a deux ans» 

Le journaliste indique s’être entretenu avec Bachar al-Assad quarante cinq minutes. «J’ai posé les questions que je souhaitais poser. Je l’interrompais quand je le jugeais utile», précise Georges Malbrunot. C’était «une interview très classique», a-t-il assuré sur RTL ce mardi matin. Le reporter, qui affirme ne pas avoir été impressionné par le président syrien, décrit quelqu’un de «plutôt calme» et de «froid»: «Ce n’est pas quelqu’un qui dégage une aura extraordinaire».    

La demande d'interview du journaliste avait été lancée «il y a bientôt deux ans, peu après le début de la révolte», a-t-il expliqué sur BFM TV. «Samedi, peu après mon arrivée à Damas, on m'a téléphoné en me disant que probablement il y aurait une interview du président Assad, poursuit Georges Malbrunot. Le lendemain je suis passé voir son attaché de presse pour cadrer cette interview qui a eu lieu hier [lundi] matin.» Un timing assumé de la part du chef d’Etat syrien. «Il y avait une volonté claire de parler aux Français, au moment où le débat a lieu à l'Assemblée nationale», affirme le journaliste.

«Peu de journalistes qui auraient refusé cette interview»

Une question s’est posée après la publication de son interview: fallait-il donner la parole à Assad? Le président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, Bruno Le Roux, a estimé sur Twitter que cet entretien était «offrir une tribune» à «celui qui utilise des armes chimiques contre son peuple». Anticipant ce type de réactions, le directeur des rédactions du Figaro Alexis Brézet, a défendu l’interview dans un éditorial publié sur le site du journal lundi soir: «Parce que ses propos sont menaçants, et glaçants ses silences, fallait-il refuser de publier l'interview recueillie par notre envoyé spécial Georges Malbrunot? Non, évidemment non! Donner la parole ne signifie pas approuver, ni cautionner.» 

«Je connais peu de journalistes qui auraient refusé cette interview», a assuré de son côté Georges Malbrunot sur RTL. « Il faut écouter son adversaire, savoir ce qu’il a dans les trippes. Je ne suis pas juge d’instruction, policier à Interpol, je suis journaliste et je recueille de l’information. Interroger n’est pas cautionner. C’est aux Français de se faire leur opinion.»