Mediapart, le site qui fait trembler les politiques français

Avec Reuters

— 

Signe d'une soudaine notoriété internationale, Mediapart, le journal en ligne qui a fait tomber le ministre socialiste français du Budget Jérôme Cahuzac, est assailli d'appels et de demandes de visites de grands médias internationaux. Lundi, c'est une équipe de la BBC qui s'est installée au milieu de la salle de rédaction pour interviewer son directeur-fondateur, Edwy Plenel, au premier étage d'un immeuble moderne aux fenêtres dissimulées par des moucharabiehs d'acier, dans un passage discret du 12e arrondissement de Paris.

«Je pense que c'est un début, avec M. Cahuzac», confie en anglais avec gourmandise l'ancien directeur de la rédaction du Monde, cheveux noirs malgré ses 60 ans et moustache fournie. Seul autre signe du séisme déclenché par l'affaire Jérôme Cahuzac, qui a admis la détention d'un compte clandestin à l'étranger révélé par Mediapart en décembre dernier : la nervosité de membres de la rédaction indignés par la «une» de Libération mettant en cause le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, sur la base de rumeurs d'enquête de Mediapart.

Attention des médias internationaux

Le sujet est jugé si grave que le journaliste de Reuters, invité à la conférence de rédaction, est prié de sortir. «Il y a une ambiance particulière depuis une semaine», explique plus tard Christophe Gueugneau, animateur de cette réunion. «Nos conférences de rédaction ne sont plus vraiment normales. Avec l'explosion de l'affaire Cahuzac, Mediapart a été du jour au lendemain sous les feux de la rampe.»

Les médias internationaux ne sont pas seuls à s'intéresser à ce site internet par lequel le scandale arrive. La rédaction est assaillie d'informations farfelues. La rançon de la gloire pour ce journal en ligne auquel peu croyaient quand Edwy Plenel et trois autres journalistes l'ont lancé en 2008 et qui, depuis, fait trembler la classe politique.

Aujourd'hui, Mediapart emploie 45 personnes dont une trentaine de journalistes, revendique 65.000 abonnés payants et près de 1,6 million visiteurs uniques par an. Le site a équilibré ses comptes en 2010 et a été bénéficiaire en 2011 (570.000 euros) et en 2012 (700.000 euros) pour un chiffre d'affaires de six millions d'euros.

«Pour moi, il faudra qu'on soit à 100.000 abonnés pour que notre indépendance soit solide, pour qu'on soit vraiment à l'abri de tout coup du sort», estime cependant Edwy Plenel. Selon lui, le site enregistre depuis l'éclatement de l'affaire Cahuzac plus d'un millier de nouveaux abonnés par jour, au lieu d'une centaine.