Lambert Wilson: «’Manipulations’? Je pense que Nicolas Sarkozy a d’autres chats à fouetter!»

INTERVIEW France 2 diffuse un thriller politique inspiré d’une affaire terroriste et du climat politique français en 2004….

Recueilli par Alice Coffin

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Lambert Wilson est à l'affiche de «Vous n’avez encore rien vu» d'Alain Resnais. 
Lambert Wilson est à l'affiche de «Vous n’avez encore rien vu» d'Alain Resnais.  — StudioCanal

En 2004, le groupe terroriste AZF menaçait de faire exploser des bombes sur le réseau ferroviaire. Nicolas Sarkozy était alors ministre de l’Intérieur et Dominique de Villepin, Premier ministre, sur fond de rivalité à l’ UMP.

L’affaire AZF n’a jamais été élucidée. France 2 en a fait une fiction, diffusée mercredi à 20h45. Dans «Manipulations», on croise un ministre de l’Intérieur aux mimiques très saccadées et au volontarisme très affiché. Incarné par Eric Caravaca, il est décrit par le camp de Matignon comme  «un petit opportuniste enrhumé qui n’a aucun sens de l’Etat (…) un valet qui veut diriger la France comme une boutique».

Au cœur de ces tensions politiques, Lambert Wilson incarne le commissaire en charge, dans cette fiction, de l’enquête. Il parle à 20 Minutes de son rapport au pouvoir, de la télévision,  de Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin et des séries.

Vous n’avez pas peur que les téléspectateurs sortent un brin désabusés de ce film?

Penser que «Manipulations» raconte juste, une fois de plus, que le corps politique est pourri et dangereux, ce n’est pas pousser la réflexion très loin. Il n’y a rien de nouveau à ce qu’on voit déjà chez Shakespeare:  la manipulation politique au très haut niveau.

La différence, c’est que les pièces de Shakespeare ne se déroulent pas en république rrançaise au 21e siècle…

Pourtant, ce que raconte «Manipulations» est assez plausible. On est sur fond d’une grande tension entre Matignon et le ministère de l’Intérieur, il y avait une rivalité pour l’élection à l’UMP, ce n’est pas  si impossible que quelque chose comme cela se soit joué. Pour le reste, n’oublions pas que c’est aussi du divertissement, de la fiction.

Vous avez discuté du film avec les politiques de l’époque?

J’ai posé des questions, notamment dans l’entourage de de Dominique de Villepin. C’est motus et bouche cousue. Omerta.

Et Nicolas Sarkozy, croyez-vous qu’il va réagir?

 Je pense qu’il a d’autres chats à fouetter!

Cela vous intéresse la politique?

Ah, c’est une planète à part que celle qui nous gouverne. Je trouve cela fascinant mais je n’ai aucun goût du pouvoir. Je regarde ce monde pas tout à fait comme un zoo, mais bon..

«Manipulations» va être diffusé un mercredi, jour de sortie des films. Etes-vous dans le même état d’esprit qu’avant une arrivée en salle?

Je ne suis pas très habitué des films qui passent à la télé. Je sais bien que le nombre d’entrées au cinéma est toujours ridiculement petit par rapport au nombre de téléspectateurs. Mais grâce à Dieu, je n’ai pas le trac car je ressens moins ces enjeux, je les trouve plus abstraits. C’est un peu ma politique générale, celle de l’autruche, je me cache la réalité pour moins souffrir! Mais vu mon problème avec l’immédiateté, cela vaut mieux.

Quel problème avec l’immédiateté?

Pendant des années, l’idée de passer en direct sur un plateau de télévision me tétanisait complètement. L’idée que des milliers de téléspectateurs pouvaient analyser un mot, une phrase, me donnent le trac. Par exemple, je trouve qu’être interviewé dans un journal télévisé est un exercice très difficile.

De manière générale, vous appréciez la télévision?

Quand on voit «Manipulations», ou des séries danoises comme «Borgen», on se dit qu’elle peut beaucoup.


Cela vous tenterait-il d’incarner un personnage de série?

Mais je cherche! Aux Etats-Unis, c’est compliqué car il faut signer pour six ans, s’engager au niveau des dates. En France, il y a des formules plus courtes,  avec des saisons de six épisodes. Mais pour l’instant je n’ai pas trouvé l’équivalent par exemple de mon personnage dans «Manipulations» mais cela m’intéresse, oui!