«Hé Mademoiselle, t’es bonne salope» ne se dit pas qu’en belge

TELEVISION «Envoyé Spécial» consacre jeudi soir un reportage, tourné en caméra cachée, au harcèlement de rue…

Alice Coffin

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«Femme de la rue»  de Sofie Peeters dénonce le harcèlement dont sont victimes les femmes dans les rues de Bruxelles.
«Femme de la rue»  de Sofie Peeters dénonce le harcèlement dont sont victimes les femmes dans les rues de Bruxelles. — Capture d'écran de la RTBF

Il n’y a pas qu’à Bruxelles que les filles se font traiter de «chiennes» et de «salopes» dans la rue. Lorsque, l’an dernier, le documentaire de Sofia Peeters «Femmes de rues» est diffusé, les commentaires viennent des quatre coins du monde. On y voit une femme déambuler dans un quartier de Bruxelles et enregistrer en caméra cachée les insultes, les compliments devenant vite violences verbales, et un ensemble de comportements des hommes dans la rue que Twitter va résumer d’un mot-dièse: #harcelementderue.

C’est parce que la journaliste française Virginie Vilar, 30 ans, constate sur les réseaux sociaux «que certains estimaient que cela n’existait qu’en Belgique et pas en France» qu’elle décide d’adopter le même dispositif pour parcourir différents quartiers de la région parisienne. A l’instar de différentes initiatives visant à dénoncer le rôle pris par les hommes dans l’espace public et de reportages déjà tournés en Belgique ou en France, elle explique à 20 Minutes qu’ «une brèche s’est ouverte et qu’on est en train d’opérer une prise de conscience sur l’interdiction qui est faite aux femmes de circuler librement dans l’espace public».

C’est le film de Sofia Peeters qui a suscité le vôtre. Mais ce n’est quand même pas nouveau, cette domination des hommes dans l’espace public?

Non, mais on a mis un nom sur ce phénomène. Le harcèlement de rue. J’ai l’impression qu’on est seulement en train d’arrêter de banaliser la chose, de se dire qu’il n’est pas normal que les femmes ne puissent pas circuler librement dans l’espace public.

Que peut la télévision face à ces violences, et d’ailleurs, est-ce votre intention de faire changer les choses ou vous positionnez-vous d’abord comme journaliste?
Ah non, j’assume totalement que ce film est un film coup de gueule! En tant que femme je vis cela depuis des années et je suis très contente d’avoir fait le film pour dénoncer ces actes.

Vous pensez que cela peut avoir une efficacité?
J’ai tendance à être pessimiste. On pourrait envisager comme en Belgique qu’il y ait des sanctions. Je crois qu’il faut aussi une éducation des hommes. Ils ne se rendent pas compte de l’impact. Il faut que cela soit martelé: non, on ne traite pas une fille de pute dans la rue.

Le film de Sofia Peeters avait notamment été critiqué car, comme souvent dans ces cas-là, on avait dénoncé la stigmatisation. C’est une question que vous vous êtes posée?
Bien sûr, dès le départ. En fait, elle n’avait tourné que dans un seul quartier de Bruxelles, qui est l’équivalent de Bruxelles. Nous on a multiplié les lieux. On est allé sur les Champs-Elysées comme à la Gare du Nord. Dans le huitième comme à Belleville.

Vous n’avez pas peur des réactions?
Mais non pas du tout. Tant mieux s’il y en a. Après le film de Sofia Peeters, le site «Paye ta Schneck» recensait les témoignages de milliers de filles avec le lieu et l’heure où elles ont entendu des phrases comme «Tu me suces pour un mars?» ou «t’es bonne salope! hé réponds moi connasse». Plus l’on en parle, mieux c’est.  Certains de mes collègues masculins étaient sceptiques sur cette idée de reportage. Après le tournage ils ont trouvé hallucinantes les réactions des hommes dans la rue.