Façade du quotidien Le Monde à Paris, le 17 avril 2008.
Façade du quotidien Le Monde à Paris, le 17 avril 2008. — N. HAUVEAU/SIPA

MEDIAS

«Le Monde» détruit par mégarde 50.000 clichés d’un photographe argentin

Daniel Mordzinski entreposait depuis des années des milliers de diapositives et de négatifs dans un bureau du quotidien à Paris. Ses archives ont été mises à la poubelle par inadvertance. «Le Monde» évoque un «regrettable incident»...

«L'indignation et la peine me dévorent (…) mais je sais que vous comprendrez mon ennui et ma douleur.»  Daniel Mordzinski est inconsolable. Le photographe argentin, réputé pour avoir immortalisé Claude Lévi-Strauss, Stéphane Hessel ou encore Pierre Bourdieu, a pris son clavier lundi pour raconter sa triste mésaventure dans une note de blog: cinquante mille de ses négatifs et diapositives, soit 27 ans de travail, sont partis en fumée.

Daniel Mordzinski  entreposait son travail dans le bureau d’un photographe du quotidien espagnol El Pais basé à Paris, au septième étage des locaux du journal Le Monde. Un travail qui a disparu du jour au lendemain. «Miguel Mora, le correspondant d’El Pais, est arrivé le 7 mars dans le bureau et il a vu que tout avait été vidé, sans que nous soyons prévenus, et que toutes nos affaires avaient disparu, raconte le photographe sur son site. On s’est mis à chercher et nous sommes tombés dans les caves sur l’armoire que j’avais moi-même peinte, il y a dix ans. Personne ne sait ni ne veut savoir pourquoi ils ont décidé de faire "disparaître" mon travail. Vingt-sept ans d’attentes, d’espoirs, de nœuds dans la gorge, de nuits blanches, d’angoisses.»

«La prochaine lettre sera une lettre d’avocat»

Dans un communiqué commun transmis à l'AFP ce mercredi, El Pais et Le Monde assurent avoir «tout mis en oeuvre pour comprendre les causes de ce regrettable incident et étudier de quelles manières les archives manquantes pouvaient être reconstituées». Les directions des quotidiens se sont excusées auprès de l’Argentin pour «la destruction de ses documents, qui s'est produite sans le moindre aval de la direction». Elles déplorent toutefois que le photographe ait décidé «d'entreposer ses archives au siège du journal sans en avertir quiconque au Monde». «Aucun accord contractuel n'a jamais existé entre Le Monde et El Pais prévoyant que Daniel Mordzinski puisse stocker ses archives dans les locaux du Monde», précise le communiqué.

D’après le quotidien argentin Clarin, le photographe a d’abord envoyé un courrier à la direction du Monde. Courrier resté sans réponse: « Il n’y avait pas de menace, je n’évoquais pas le terrible préjudice professionnel, économique et moral. Je voulais seulement des excuses. Je comprends que j’ai fait fausse route. La prochaine lettre sera une lettre d’avocat.»