Gérard Miller: «L’affaire du Sofitel est pour DSK l’aboutissement d’une histoire très logique»

Recueilli par Alice Coffin

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L'ancien chef du FMI, Dominique Strauss-Kahn, quitte le palais de justice de Paris le 26 février 2013.
L'ancien chef du FMI, Dominique Strauss-Kahn, quitte le palais de justice de Paris le 26 février 2013. — AFP PHOTO KENZO TRIBOUILLARD

L’amant de la grand-mère de Dominique Strauss-Kahn vivait avec elle et son mari, sous le même toit. Dominique Strauss-Kahn a survécu au tremblement de terre d’Agadir qui provoqua en 1960 la mort de 15.000 personnes. A partir de ces éléments et quelques autres, le film de Gérard Miller et Anaïs Feuillette «DSK, l’homme qui voulait tout», diffusé sur France 3 mercredi soir à 20h45 décrit, dans un «documentaire freudien», «l’enfant obscène que Don Juan aurait eu avec Jack L’Eventreur».

Quand avez-vous commencé à travailler sur DSK?

Le jour même de l’Affaire du Sofitel. J’ai été surpris de la surprise générale. Toute la vie de DSK laisse présager un dérapage de ce genre, son inconscient n’avait pas cessé de lancer des signaux d’alarme. Il y avait eu des passages à l’acte. Le Sofitel n’était que l’aboutissement d’une histoire très logique. Je voulais raconter cette logique.

Quelle est-elle?

Il n’arrive pas à choisir entre sa libido et le pouvoir. C’est un homme qui voulait tout. Pour étayer cette intuition, je suis allé chercher au Maroc où il a passé son enfance,  et j’ai sollicité des dizaines de personnes.

Avez-vous essuyé des refus?

Oui comme ceux de Lionel Jospin et Ségolène Royal. Beaucoup ont aussi préféré le off. Mais j’ai quand même à l’écran son ami d’adolescence, prêtre, ou Edith Cresson.

Et pas mal d’archives, dont ce spot de campagne législative étonnant…

C’est le moment comique du film!

Certains témoins évoquent «le pouvoir de séduction», sa «trivialité», mais ni eux, ni vous ne parlez de violence. Pourquoi?

Il faut parler de violence si on peut en parler. Il ya une loi en France et j’ai beaucoup travaillé avec les juristes de France Télévisions. Je rappelle donc tous les chefs d’inculpation qui sont très lourds, je rappelle l’agression sexuelle reconnue sur Tristane Banon mais je ne peux pas aller au-delà.

Mais comment ne pas tomber dans le piège de faire de DSK un sympathique libertin?

Vous pensez bien que c’est une question que je me suis posé. Je ne minimise rien de ce qui s’est passé. Je parle de son mépris inexcusable envers les femmes. Tristane Banon est une amie. Mais je ne souhaitais pas qu'elle témoigne. Je n'ai pas voulu non plus solliciter Nafissatou Diallo. Pour éviter le côté sensationnaliste.

L’ouvrage de Marcela Iacub est paru alors que le documentaire était déjà prêt. Cela vous a-t-il embêté?

Pas du tout. C’est venu confirmer mon intuition, sur le caractère incorrigible de DSK. Il rentre des Etats-Unis, il a passé plusieurs jours en prison, il est surveillé, épié et il se lance dans l’aventure la plus insensée avec une personne publique, à la fois très intelligente et très sulfureuse,  qui lui dit tout de suite ‘je vais faire un livre’! Il n’a tiré aucune leçon de tout cela.