Cinq questions pour les cinq ans de «Mediapart»

MEDIA Joyeux ou pas l'anniversaire? A l'occasion des 5 ans de «Mediapart», son co-fondateur Edwy Plenel et ses équipes ont fait le point ce jeudi matin dans les locaux du pure-player...

Alice Coffin

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Le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, a déposé vendredi à Paris une citation en diffamation contre Médiapart et son directeur, Edwy Plenel, qui l'avait accusé d'avoir "impulsé" et "coordonné" l'espionnage de deux de ses journalistes, a-t-on appris auprès de son avocat.
Le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, a déposé vendredi à Paris une citation en diffamation contre Médiapart et son directeur, Edwy Plenel, qui l'avait accusé d'avoir "impulsé" et "coordonné" l'espionnage de deux de ses journalistes, a-t-on appris auprès de son avocat. — Martin Bureau AFP/Archives

1.  Mediapart, ça marche ou pas?

«Mediapart ne cache rien de sa réalité» lance Plenel.  En 2012, le titre a été bénéficiaire pour la deuxième année avec un chiffre d’affaires de 6 millions d’euros et 700.000 euros de bénéfice. Côté abonnés, les quelque 65.000 pourraient «être 80.000» estime-t-il,  mais la croissance est entravée par «les incidents de paiement liés aux pratiques des établissements bancaires et aux échéances de cartes de crédit». En clair, lorsque la carte bleu d’un abonné arrive à expiration, le journal doit le relancer pour réabonnement.

2.  Quel projet pour les cinq ans à venir?

Sans aller aussi loin, Mediapart annonce le lancement d’un partenariat avec Info Libre,  un «Medipart espagnol». Le 16 mars, paraîtra aussi «Le droit de savoir» (Ed. don Quichotte) vendu comme «un nouveau manifeste».  Le site fête aussi une nouvelle formule à cette occasion. «Pas de changement fondamental» mais la  Une sera «responsive»,  comprendre adaptée à différents supports (ordinateur, tablettes, portables).

3. Depuis la fin de l’ère Sarkozy, Mediapart a-t-il encore du boulot?

«On nous a soupçonné d’être obsédés par Sarkozy»,  note Plenel. «Mais avec les affaires Karachi, Takieddine ou Bettencourt, nous avons simplement fait un travail d’intérêt public. L’affaire Cahuzac apporte la démonstration de notre bonne foi sous la présidence précédente, puisque nous continuons avec François Hollande.»

4. L’Affaire Cahuzac, constat d’échec?

Plutôt que de parler de révélations, les informations de Mediapart ont ces dernières semaines souvent été qualifiées d’«accusations» dans les médias.  Que dit cette défiance cinq ans après la naissance du site? «On pensait qu’après cinq ans, il y aurait une certaine compréhension que Mediapart n’avance pas sans biscuits…, estime Fabrice Arfi, auteur de l’enquête. Mais nous sommes plus que sereins dans l’Affaire Cahuzac. Après les premières révélations il a fallu attendre deux ans avant la démission de Nixon dans l’affaire du Watergate!».  La question demeure de l’image du titre.

 5. Quelle image pour Mediapart après cinq ans?

Lecteurs ou confrères, Edwy Plenel  estime que le journal est plus connu pour ses révélations que réellement lu.  Côté lecteurs, Mediapart va lancer une opération avec Télérama afin de faire bénéficier d’un essai gratuit plusieurs centaines de milliers de lecteurs. «Dans le public, beaucoup de gens parlent de l’impact de nos nouvelles sans connaitre la diversité de notre contenu, sans savoir que nous sommes un vrai journal». Plus grave à ses yeux, si  «dans les rédactions, on sait que Mediapart fait du travail très sérieux, les élites médiatiques  qui parlent de nos infos ne nous lisent pas.  C’est particulièrement grave les concernant. Nous nous heurtons à un monde de commentaires, de glose, une proie rêvée pour le monde des communicants, mais où est l’information?»