Comment les médias peuvent-ils couvrir les groupes extrémistes sur France 5 et ailleurs?

TELEVISION France 5 diffuse chaque mardi à 20h50 une collection sur «Les réseaux de l’extrême» signée Caroline Fourest. L’occasion pour «20 Minutes» de s’interroger sur la difficulté pour les journalistes d’aborder ces sujets…

Alice Coffin
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Les ultra-nationalistes, les radicaux de l’islam, les obsédés du complot les ultra sionistes ou les ultra antisionistes, chaque mardi depuis le 5 février, France 5 explore « Les réseaux de l’extrême » dans une série de documentaires signée Caroline Fourest.
En plus de l’extrémisme, tous ont un point commun: ils «fantasment les médias», «maudissent la presse» pour  citer le documentaire. Face à cette double contrainte – des groupes extrêmes, aux idées dangereuses mais pas simples à décrypter et une attitude hostile aux médias – comment les journalistes peuvent-ils travailler? 20 Minutes a posé la question à Caroline Fourest et Erwan Lecoeur, sociologue des médias et auteur d’un Dictionnaire de l’extrême droite.

Ne pas se laisser embarquer
«C’est une vielle problématique», rappelle Erwan Lecoeur. «La question se pose depuis des décennies, tant pour couvrir l’extrême droite que l’extrême gauche.» Caroline Fourest souligne que cela fait «de nombreuses années» qu’elle s’interroge sur «la meilleure approche à aborder pour parler de ces groupes». Un défi qu’elle estime «presque un devoir à remplir pour les journalistes. Même si ce n’est pas simple.  D’un côté il est nécessaire de très bien connaitre ces réseaux pour travailler sur eux, de l’autre plus on les côtoie, plus on les approche, plus ils nous ont dans le collimateur. Ceci dit il est bien sûr préférable de bien les connaitre plutôt que de débarquer la fleur au fusil pour faire un reportage et se laisser embarquer.» Car c’est le danger. Comment contrer, déminer une parole mensongère mais en apparence tout à fait argumentée? 

Marine Le Pen, les vessies et les lanternes

Très concrètement, lors de ces interviews en face à face avec des leaders de ces mouvements, Caroline Fourest se permet de manifester son état d’esprit par une gestuelle ou des mimiques. « En gros, il ne faut pas aller directement à la confrontation, je ne suis pas là pour leur apporter la contradiction, mais pour poser des questions. En revanche, ils sont prévenus que je ne m’interdirais pas de marquer ma distance s’ils essayent de m’embarquer».  Selon Erwan Lecoeur, le problème est justement que «souvent les journalistes se comportent trop en animateurs, c’est frappant avec Marine Le Pen. Ils prennent des vessies pour des lanternes, car ils ne sont pas assez au fait des histoires de ce parti, de sa famille, de ses branches et la laissent dérouler son discours même s’il est mensonger.»

Le choc de la croix catholique

Piège supplémentaire «le côté spectaculaire et sidérant que peuvent avoir certains de ces groupes», note Erwan Lecoeur. Les dernières semaines ont offert quelques exemples de l’appétence des médias pour ces franges ultra.  «Voir quelqu’un brandir une croix catholique, explique Lecoeur, c’est un choc des photos. Dommage qu’on n’ait plus trop de poids des mots en plus pour expliciter.» Il reste le poids des images du documentaire de France5.

Ouvrir ou fermer le robinet

«Est-ce que la démocratie, les médias doivent donner la parole à ceux qui refusent les médias et la démocratie?», voilà la grande question, estime Erwan Lecoeur. Caroline Fourest, qui a décidé de le faire, a une partie de la réponse: «Ouvrir le robinet à ceux qui mentent effrontément et sont très démagogues est une lourde responsabilité journalistique, le fermer c’est censurer. Je ne suis pas pour le boycott car ils représentent aussi des mouvements d’idées. ». Conclusion? « Seul un vrai exercice journalistique peut résoudre ce dilemme éthique.»