Les politiques de l'autre côté de la télé

TELEVISION Roselyne Bachelot, Clémentine Autain et quelques autres se lancent dans une carrière télé. Avec plus ou moins de succès...

Benjamin Chapon

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Roselyne Bachelot, Hapsatou Sy, Laurence Ferrari, Elisabeth Bost et Audrey Pulvar, les animatrices du "Grand 8", sur D8.
Roselyne Bachelot, Hapsatou Sy, Laurence Ferrari, Elisabeth Bost et Audrey Pulvar, les animatrices du "Grand 8", sur D8. — Maxime Bruno

Il y a encore quelques mois, Roselyne Bachelot posant avec Laurence Ferrari dans Paris Match, ça aurait fait jaser. L’une était Ministre de la Santé, l’autre présentatrice du JT de TF1. Mais c’est en co-présentatrices du «Grand 8», talk show de D8, qu’elles ont affiché leur camaraderie. «On a assisté à la naissance d’une vedette de la télé», estime Bastien Millot, profeseur de communication politique à Sciences-Po. Autre politique reconvertie, l’ex-conseillère de Paris (PCF) Clémentine Autain a été chroniqueuse sur France 2 pour l’émission «Vous trouvez ça normal» et sur i-Télé. «Elles ont en commun d’avoir arrêté la politique, souligne Bastien Millot. Les mondes politiques et audiovisuels se fascinent réciproquement mais se fréquentent peu au quotidien. Il serait compliqué pour un politique en activité d’être présentateur à la télé.»

Plantade de la raffarinade

L’expérience tentée pendant la campagne présidentielle par Public Sénat avec Lionel Jospin et Jean-Pierre Raffarin en chroniqueurs s’est soldée par un échec. «Ni l’un ni l’autre n’avaient définitivement abandonné leurs implications politiques. Devenir présentateur télé, pour un politique, c’est un aller sans retour.» Pour autant, les ex-ministres Luc Ferry et Frédéric Mitterrand sont pressentis pour présenter de futures émissions. « Oui mais ils étaient des politiques issus de la vie civile, comme Fadela Amara sur Europe 1, ce n’est pas pareil», note Bastien Millot.

 Les journalistes devenus politiques

Si la télévision raffole de certains «bons clients» qu’elle invite encore et encore, les expériences de transferts complets sont donc finalement assez rares. « La pipolisation de la vie politique a fait des ravages dans les années 2000 avec des carrières politiques brisées, se souvient Bastien Millot. Il est compliqué de gérer les problèmes du pays un jour et d’apparaître dans une émission de divertissement le lendemain.» En revanche, les journalistes passés à la politique ne manquent pas, comme Dominique Baudis, Jean-Marie Cavada ou, plus récemment, Claude Sérillon.

Même si leurs carrières politiques pourraient ne jamais vraiment repartir, ce n’est donc pas de sitôt qu’on verra Daniel Cohn-Bendit ou Nicolas Sarkozy, véritables « bêtes » de télé, aux manettes d’une émission. Bastien Millot verra bien, lui, Arnaud Montebourg : «La télé exige des personnages clivants, alors que la politique réclame des profils qui rassemblent.»