Tapie-Hersant: «Les journalistes espéraient un repreneur qui aurait des idées en termes éditorial»

MEDIAS Bernard Tapie vient de mettre la main sur les derniers journaux du groupe Hersant, dont «La Provence» et «Nice Matin». Pour le sociologue des médias Jean-Marie Charon, «c'était le scenario le plus noir» pour l'avenir de ces titres. Il explique pourquoi à «20 Minutes»...

Anaëlle Grondin
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Dans les locaux de «Nice Matin» le jeudi 20 décembre 2012, les journalistes attendent Bernard Tapie, qui vient de mettre la main sur les derniers titres du Groupe Hersant Média, dont fait partie le journal.
Dans les locaux de «Nice Matin» le jeudi 20 décembre 2012, les journalistes attendent Bernard Tapie, qui vient de mettre la main sur les derniers titres du Groupe Hersant Média, dont fait partie le journal. — AFP PHOTO / VALERY HACHE

Défi. Les difficultés s'amoncellent pour les journaux régionaux, et en particulier dans le sud. «Après la mort de Gaston Defferre, propriétaire du Méridional (droite) et du Provençal (socialiste), Lagardère, qui n’avait pas beaucoup de compétences en presse régionale, a repris ces titres. Il pensait qu’on pouvait abandonner les anciens positionnements politiques et qu’il valait mieux lancer un journal moderne. Il les a donc fusionnés pour créer La Provence. Mais les gens ont perdu leurs habitudes, et le journal en diffusion», explique Jean-Marie Charon, sociologue des médias. Lagardère a alors cherché un repreneur. Le groupe Hersant Média a repris les journaux. «Partout, il a été incapable de relancer un titre. Beaucoup croient que les solutions sont industrielles alors qu’il faut innover éditorialement», assure Jean-Marie Charon. Aujourd’hui, le groupe accuse une dette de 215 millions d’euros. «Tapie dira qu’il s’est déjà libéré de dettes, c’est son seul atout», pour le sociologue des médias.

Inexpérimenté. «On est à un moment charnière de l’histoire de la presse, or Tapie ne vient pas de cet univers», commente-t-il. «Les journalistes espéraient un repreneur qui aurait des idées en termes éditorial, soit prêt à relancer les titres, sur le papier et le Web». Pour sortir la tête de l’eau, il faut «innover, comprendre le public, revoir l’organisation de l’entreprise». «Je ne suis pas sûr que ça soient les qualités premières de Tapie», glisse Jean-Marie Charon.   

Sulfureux.  Non seulement on prête à Tapie des ambitions politiques, mais sa manière de gérer l’entreprise fait débat: la plupart de celles qu’il a rachetées ont coulé. Sans oublier les relations tendues avec les journalistes marseillais lorsqu’il était l’homme fort de l’OM. L’un d’entre eux a raconté à Libération que Tapie lui a un jour asséné par téléphone: «Dis-moi, espèce de petit pédé, quand est-ce que tu auras fini de me déverser des tonnes de merde sur la tête?»