Quand les politiques pleurent en direct à la télévision

Anne Demoulin
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Barack Obama réagit à la tuerie de Newtown (Connecticut), le 14 décembre 2012.
Barack Obama réagit à la tuerie de Newtown (Connecticut), le 14 décembre 2012. — REUTERS/Larry Downing

Le président Obama n’a pu contenir une larme en adressant ses condoléances aux familles des victimes lors du point presse à la suite de la tuerie de Newton, au Connecticut. Avant Obama, d’autres figures politiques ont craqué devant la caméra. 20Minutes revient sur soixante-dix ans de larmes et de politique.

Le 13 mai 1940, devenu Premier ministre, Churchill déclarait n’avoir «rien d’autre à offrir que du sang, de la sueur et des larmes». «Pourtant, les larmes sont rares en politique», constate Philippe Braud, politologue et auteur de Petit traité des émotions, sentiments et passions politiques (Armand Colin, 2007). Manuel Valls s’est contenté d’avoir «les larmes aux yeux» lors de l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn en mai 2011. «Aujourd’hui, les larmes sont souvent perçues comme un signe de faiblesse, ce qui n’était pas le cas au 18e siècle», rappelle-t-il.

Lors de sa réélection le 4 mars 2011, Vladimir Poutine était apparu avec la joue mouillée. Il avait rapidement expliqué que ses larmes «étaient vraies, mais vraies à cause du vent». «Le seuil de tolérance vis-à-vis des larmes varie en fontion des pays», précise également le politologue.

Des circonstances exceptionnelles

Les larmes sont cependant tolérées dans des circonstances exceptionnelles: «Elles montrent que derrière le personnage public, il y a un être humain.» François Fillon avait esquissé quelques larmes lors des funérailles de son mentor, Philippe Seguin: «Cela avait servi sa cote de popularité. On ne s’y attendait pas car Fillon apparaissait comme un personnage froid.»

 La célèbre sentence de Valérie Giscard d’Estaing adressée à François Mitterrand: « Vous n’avez pas le monopole du cœur » montre l’importance de l’empathie en politique. «On montre son émotion en politique depuis une vingtaine d’années. Cela a atteint son paroxysme avec Nicolas Sarkozy. Mais attention, trop d’émotions peut se retourner contre vous», estime le chercheur.

 Hommes et femmes politiques, à larmes inégales

Lors de son combat pour l’adoption de la loi sur l’IVG, Simone Veil, avait rejoint son fauteuil très émue. Lors du 30e anniversaire de la loi, elle a déclaré n’avoir  «pas du tout le souvenir d’avoir pleuré».  

Après avoir manifesté son émotion aux dernières primaires PS, Ségolène Royal déclare qu’elle est forte et qu’elle s’en remettra. «Le sexisme est sous-jacent. Les larmes sont moins payantes pour une femme politique, car à cause des préjugés, on s’attend à ce qu’elle le fasse. C’est alors considéré comme un accès de faiblesse», déplore le chercheur.

 

L’émotion chez l’homme ou la femme politique soulève un problème: est-elle authentique ou pas? «L’homme politique ne doit surtout pas apparaître comme calculateur. Les larmes doivent être ou apparaître comme authentiques», conclut le politologue.