Reporter Sans Frontières lance un site anti-censure

MEDIAS Le site baptisé «We Fight Censorship» a pour vocation de «rendre la censure caduque» mais n'est pas un nouveau Wikileaks, comme l'a expliqué à «20Minutes» le directeur général de RSF...

Annabelle Laurent

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Christophe Deloire, directeur général de Reporters Sans Frontières. 
Christophe Deloire, directeur général de Reporters Sans Frontières.  — RSF

Une vidéo montrant la répression des manifestations de l’été 2011 en Biélorussie. Deux éditions complètes de De Cuba, la première revue indépendante publiée sur l’île avant que son directeur ne soit condamné à vingt ans de prison pour «actes contre l’indépendance et l’intégrité territoriale de l’Etat». Tels sont quelques uns des documents désormais accessibles à tous sur «We Fight Censorship», le site anti-censure que lance ce mardi 27 novembre l’organisation Reporters Sans Frontières.

RSF avait en 2010 inauguré dans ses locaux un abri anti-censure, pour permettre à des journalistes ou des blogueurs d’accéder à une connexion sans être inquiétés. «A la suite de cela, nous avons voulu trouver un endroit virtuel qui leur permette de diffuser librement leurs contenus», explique Christophe Deloire, le directeur général de RSF. Deux ans plus tard, «We Fight Censorship» en est le résultat. Seront publiés des documents «frappés par la censure, interdits de publications, ou qui ont valu des représailles à leurs auteurs», qu’il s’agisse d’assassinat, d’arrestation, d’harcèlement, de pression…

La copie du site est encouragée

«Nous voulons rendre la censure caduque. Aux censeurs, nous disons: si vous censurez ou empêcher l’auteur de publier, RSF fera en sorte de lui donner un écho encore plus grand que s’il n’avait pas été censuré», poursuit Deloire.

Un «écho encore plus grand», car en plus d’héberger les documents en version originale et d’en donner la traduction anglaise et française, RSF s’assurera que le site soit le plus possible copié. Puisqu’il «sera vraisemblablement attaqué», le site a été conçu «pour être facilement duplicable, sur le principe des sites miroirs», en collaboration avec des hackers qui ont étudié le site pour identifier les failles, «pour nous aider à les reboucher», indique Christophe Deloire. Les internautes sont invités à copier le site grâce à des scripts, fournis par RSF, qui automatiseront la procédure.

«Nous ne sommes pas Wikileaks»

Le rapprochement avec Wikileaks est facile. Mais RSF souhaite l’éviter. «Nous n’avons pas vocation à recevoir essentiellement des documents bruts. Nous voulons publier des contenus qui répondent aux critères que l’on s’est fixés, et nous faisons un travail de contextualisation pour que ces affaires de censure soient compréhensibles du grand public», insiste Christophe Deloire. Chaque document est en effet précédé d’explications aussi bien sur le contexte de censure dans le pays que sur l’identité du contributeur et l’éventuelle décision de justice le condamnant.

La publication des documents sera par ailleurs soumise à l’approbation du comité éditorial du site. Nul doute que ce comité aura affaire à des articles condamnés pour diffamation, «injustement» diront leurs auteurs, alors que la nature en sera effectivement raciste, haineuse, etc…

Sensibiliser à la protection de données

Pour protéger l’anonymat des contributeurs, un «coffre-fort numérique» est prévu. «Il est important que l’on ignore qui nous a fourni les documents. Nous serons très précautionneux là-dessus, il ne s’agit naturellement pas de provoquer une double peine pour les auteurs», assure Christophe Deloire.

Pour encourager les contributeurs à utiliser, en plus de ce «coffre-fort numérique», des outils tels que les réseaux privés virtuels (VPN), un «kit de survie en ligne» est également disponible sur le site. Parce que les contributeurs sont encore insuffisamment sensibilisés à la protection des données? «On se rend compte que certains journalistes, qui assurent qu’ils ne divulgueraient pas leurs sources même sous la torture, mettent ces mêmes sources en péril sans en avoir conscience, en étant trop imprudents en ligne», rappelle le directeur de l’organisation, qui dans le cadre de son bureau Nouveaux Médias, dispense de plus en plus de formations sur le sujet.