Taxe Google: Tout comprendre du bras de fer entre le moteur de recherche et les éditeurs de presse

MEDIAS Alors que François Hollande rencontre cet après-midi Eric Schmidt, le président exécutif du moteur de recherche américain, «20 Minutes» fait le point sur le projet controversé de «taxe Google»...

Anaëlle Grondin

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La page d'accueil de Google Actualités. — CAPTURE D'ECRAN/20MINUTES.FR

La guerre est déclarée entre plusieurs éditeurs de presse et le moteur de recherche Google. Pourquoi ce bras de fer?

Ces dernières semaines, les tensions se sont accrues entre la France et Google, car des éditeurs de presse ont fait savoir qu’ils souhaitaient que les moteurs de recherche, et en particulier Google dont la position est hégémonique sur la Toile, versent une rémunération aux sites d’information pour l’utilisation de leurs contenus. Réunis au sein de l’association de la presse d’information politique et générale (IPG), ils ont rédigé une proposition de loi adressée au gouvernement en septembre, sur le modèle de la «Lex Google» allemande.

Leur argument? Ces moteurs de recherche référencent leurs contenus sur leur site et les utilisent gratuitement. Des contenus qui drainent les visiteurs vers le géant de l’Internet, lui permettant de réaliser des profits publicitaires importants. Google «capte» ainsi la valeur des contenus qu'ils créent, sans contrepartie suffisante, selon les éditeurs.  D’après Philippe Marini, sénateur (UMP) de l'Oise, «l'éditeur ou le journal doit pouvoir demander une indemnité au moteur de recherche ou à l'agrégateur qui a mis a disposition votre contenu pour en faire un support publicitaire efficace». «Il n'est pas normal que ces acteurs, qui n'investissent rien dans les contenus, s'arrogent la plus grande part de la valeur que nous créons», s’indigne de son côté dans le Figaro Nathalie Collin, présidente de l’IPG. 

L’association, qui estime que la pertinence de la recherche sur Google dépend en grande partie de l'information créée en continu par les sites d’info, souhaite rééquilibrer les rapports de force et partager la valeur créée par le moteur de recherche. Des groupements de journaux italiens, allemands et français font désormais cause commune pour taxer Google en échange de l’indexation de leurs contenus.

Que répond Google?

Le géant américain voit rouge. Google menace de ne plus indexer les sites d’information français sur son moteur de recherche s’il devait s’acquitter d’une telle taxe, en rappelant qu’il «redirige quatre milliards de clics par mois vers les pages Internet des éditeurs» français. «L’ambition de ce texte est d’interdire le référencement non rémunéré», dénonce l’entreprise américaine. Pour elle, «une telle loi aboutirait à limiter l’accès à l’information, à réduire le nombre de sites français référencés sur Internet mais aussi à freiner l’innovation.» 

La proposition de loi de l’IPG, qui veut taxer Google, fait-elle l’unanimité en France?

La presse est divisée sur la question. Le Syndicat de la presse indépendante d'information en ligne (Spiil), qui englobe les sites d'information nés sur Internet, dits «pures players» (Mediapart, Atlantico ou Slate), est contre. D’après son président, Maurice Botbol, «la presse est déjà totalement dépendante de Google au niveau de l'audience, si à cela on ajoute une dépendance économique, Google pourra décider de tout». Plutôt qu’une taxe, le Spiil suggère que l’Etat fasse payer au moteur de recherche des impôts sur ses bénéfices. Google échappe à la fiscalité de droit commun grâce aux niches fiscales européennes, notamment en Irlande et au Luxembourg.

Par ailleurs, dans une tribune publiée ce samedi dans Libération, les journalistes Christophe Carron, Johan Hufnagel (Slate.fr, ancien rédacteur en chef de 20minutes.fr) et Guillaume Ledit (co-fondateur d’Owni.fr) estiment qu’une telle loi «vise juste à prolonger artificiellement des modèles économiques à bout de souffle» et  ne «réglerait pas le problème». «Internet et Google n’ont pas besoin du contenu produit par la presse pour survivre alors que la presse a besoin d’être trouvée pour survivre», soulignent-ils, avant de conclure: «Le réflexe pavlovien de la presse installée d’aller quémander encore et toujours à l’Etat des subsides pour survivre est une fausse solution et ne répond à aucun des enjeux auxquels nous sommes confrontés à l’ère d’Internet.» 

Quelle est la position des politiques?

La ministre de la Culture est favorable est cette taxe. Il «est normal que les grands sites agrégateurs participent au financement de la presse», a réaffirmé ce lundi matin sur France Inter Aurélie Filippetti. En revanche, Fleur Pellerin, la ministre déléguée au numérique, préférerait se passer d'une «Google Lex» et prône «une discussion apaisée».  D'après Le Figaro, François Hollande, qui reçoit ce lundi Eric Schmidt, le président exécutif de Google, a affirmé qu'il soutiendra l'adoption d'un texte de loi début 2013 pour forcer les moteurs de recherche à partager les bénéfices créés grâce à l'information en ligne.

Existe-t-il à l’heure actuelle des sites d’information qui se passent du référencement de Google?

Oui, le Brésil snobe Google Actualités. La presse brésilienne (90% des titres) a décidé de faire sa vie sans le géant américain l’an dernier, faute d'accord. «Certes, les accès depuis le moteur de recherche Google Search, qui privilégie dans son classement les partenaires de Google News, ont reculé de près de 5%, mais c’est un prix acceptable à payer pour préserver nos contenus», a déclaré à Libération Ricardo Pedreira, directeur exécutif de l’Association nationale des journaux (ANJ).

Les médias brésiliens affirment aujourd’hui  s'en porter aussi bien, sans toutefois renoncer à trouver encore une solution négociée.