Pussy Riot: «Nous avons réussi au-delà de nos objectifs»

Avec Reuters

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Ekaterina Samoutsevitch, la jeune femme de Pussy Riot qui vient d'être libérée, a jugé samedi que le groupe punk avait rempli son objectif, à savoir souligner la proximité entre l'Eglise orthodoxe, l'Etat et la justice dans la Russie de Vladimir Poutine.

«Nous avons réussi au-delà de nos objectifs», déclare la jeune femme de 30 ans dans un entretien accordé à l'agence Reuters. «Les gens qui n'y avaient jamais prêté attention ont commencé à en parler, à lire sur le sujet et à écouter l'avis de tiers», dit-elle dans l'appartement moscovite d'une amie à propos du lien entre l'Eglise, l'Etat et l'appareil judiciaire dans la Russie d'aujourd'hui.

«Chasser Poutine du pouvoir»

«La société civile commence à en débattre, et c'est très important pour nous», dit-elle en contestant par ailleurs l'arrêt de la cour qui a condamné les trois membres du groupe à deux ans de colonie pénitentiaire pour «vandalisme motivé par la haine religieuse». «Nous ne sommes pas des hooligans et notre intention n'était pas d'offenser qui que ce soit», souligne-t-elle.

En août, Ekaterina Samoutsevitch avait été condamnée en première instance avec ses deux compagnes, Maria Alyokhina, 24 ans, et Nadejdha Tolokonnikova, 22 ans, à deux ans de prison. Le trio était poursuivi pour avoir organisé en février un simulacre de prière punk dans la grande cathédrale orthodoxe de Moscou en invitant la Vierge Marie à «chasser Poutine du pouvoir».

Cour européenne des droits de l'homme

Ekaterina Samoutsevitch a vu sa peine réduite en appel à un sursis pour avoir prouvé qu'elle avait été arrêtée avant d'avoir pu participer à la prière anti-Poutine. Elle a recouvré la liberté et annoncé que les Pussy Riot entendaient saisir la Cour européenne des droits de l'homme.

Très populaire en Occident, le mouvement de contestation incarné par les jeunes femmes cagoulées de Pussy Riot trouve en revanche un écho apparemment limité dans leur pays. Selon un sondage réalisé entre le 21 et le 24 septembre par l'institut indépendant Levada, 35% des Russes interrogés croient que le verdict de deux ans de prison qui leur a été infligé était juste. Pour 34%, il est trop indulgent et ils ne sont que 14% à le qualifier d'excessif.