«Hotel», une web-série qui détourne des codes du jeu vidéo

Joël Métreau

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"Hotel", une web-série avec une poule et des personnages inspirés de jeux vidéo de guerre.
"Hotel", une web-série avec une poule et des personnages inspirés de jeux vidéo de guerre. — Lardux Film

C’est une œuvre absurde et délicieuse de non-sens. C’est Hotel, une série d’animation avec dix épisodes de sept minutes dévoilés chaque mercredi sur le site d’Arte, mais aussi un site où l’internaute peut découvrir l’envers d’un monde virtuel qui se dégrade.

Des terroristes et des policiers

C'est d'abord un projet de fin d’études du Fresnoy, studio national des arts contemporains, à Tourcoing, avec lequel Benjamin Nuel, né en 1981, a créé en 2008 un monde virtuel autour d’un bâtiment. La série, avec ses dix épisodes de 7 minutes, devient le prolongement de cet univers. «J’aimais l’idée de développer une œuvre qui prenait à contre-pied le jeu vidéo actuel, avec ces personnages de jeu de guerre contemporain, des personnages archétypaux, des terroristes et des policiers.»

A la retraite

Les gamers reconnaîtront les caractéristiques des personnages du célèbre jeu de tir à la première personne Counter-Strike, développé par Valve et sorti en 1999. Seulement, ces hommes en uniforme et en treillis ont été légèrement modifiés, le développeur n’ayant pas répondu aux demandes de Benjamin Nuel de les utiliser. «Puis je suis parti de l’idée de les mettre à la retraite, en villégiature à la campagne, où  ils discutent, bavardent…» Et pratiquent volley et ping-pong pendant que leur monde se délite, buggue, avant de disparaître dans le néant.

Une poule chaman

Leur quotidien est à peine perturbé par l’apparition d’une mystérieuse poule jaune. «Elle vient contrebalancer l’esthétique des jeux next-gen. Son esthétique pauvre représente une forme primitive de la 3D. C’est une sorte de gardien des lieux, je me suis inspiré de la figure du chaman indien pour écrire son personnage.»

Des points de vue surplombants

Les références au jeu vidéo s’inscrivent au-delà de «Counter-Strike», par exemple dans la mise en scène. «La caméra n’est pas dirigée par l’action, il y a des points de vue surplombants, qui proviennent des jeux vidéo de type «god game», ces jeux de civilisation où l’on regarde le monde de haut, comme une divinité omnisciente.»

Comme réalisateur, Benjamin Nuel s’attelle aujourd’hui à un projet de film de fin du monde, Un Cheval sans nom, proposé en financement participatif. Et il continue de jouer, à des jeux indés comme et Limbo et Braid, comme à des blockbusters: «Là, j’ai joué à Dragon Age, un jeu du studio Bioware. Ça m’a vraiment plu par la qualité de son écriture. J’étais bluffé par le charisme des personnages. Car au départ, c’est juste des polygones et de la texture par-dessus. »