Luc Chatel: «Je n'ai jamais voulu piéger le site Atlantico»

INTERVIEW Le journaliste raconte à «20 Minutes» sa version des faits au sujet de la fausse interview de l'ancien ministre...

Propos recueillis par Corentin Chauvel

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Capture d'écran de la fausse interview de Luc Chatel donnée à Atlantico et republiée par BFM TV, le 25 septembre 2012.
Capture d'écran de la fausse interview de Luc Chatel donnée à Atlantico et republiée par BFM TV, le 25 septembre 2012. — 20minutes.fr

La semaine dernière, Atlantico a publié par erreur une interview du journaliste Luc Chatel, qui s’était fait passer pour l’ancien ministre. Menacé d’une plainte pour usurpation d'identité, le journaliste indépendant, auteur de Médias: La faillite d’un contre-pouvoir (Fayard, 2009), donne à 20 Minutes sa version des faits.

Atlantico vous accuse de «manipulation». Que leur répondez-vous?

C’est totalement absurde. Ils savaient que le numéro était faux et ils l’ont quand même pris pour un vrai. Ce qu’il s’est passé, c’est qu’ils ont réessayé de m’appeler quelques minutes après m’avoir laissé leur premier message, mais cette fois sans laisser de message. C’est là que j’ai décidé de leur envoyer un SMS disant: «Envoyez-moi les questions par mail, cordialement, Luc Chatel». Je n’ai jamais dit «exclusivement» par mail, comme Atlantico l’a indiqué dans leur communiqué. Après, il est vrai que j’ai créé cette fausse adresse mail UMP. Mais il s’agissait d’une adresse Gmail, je n’aurais jamais pu penser que ça passerait, car en général, les députés et hommes politiques ont des adresses professionnelles.

Vous avez quand même cru que cela marcherait?

Disons que je me suis donné 10% de chances. Je me suis surtout beaucoup amusé à l'écrire, le but n'était pas de les piéger. Et les réponses étaient tellement absurdes que jamais je n'aurais pensé qu'ils les publieraient. Ce serait un peu comme faire des faux billets avec le visage de Mickey. De plus, ils m'ont demandé de répondre avant 20h, or j'ai tout envoyé à 17h30 pour leur laisser le temps de réagir. Si j’avais voulu les piéger, j’aurais fait par exemple des réponses sous-entendant que je n'avais pas vraiment choisi entre Copé et Fillon. Et là, tous les journalistes politiques auraient repris l'info: «Le lieutenant de Copé se rapproche de Fillon».

Comment réagissez-vous aux plaintes de Luc Chatel et d’Atlantico?

Je peux comprendre que mon homonyme ait été furieux. D'après ce que j'ai lu, c'est lui qui a prévenu Atlantico qu'un article grotesque était publié sur leur site puisqu'il a déclaré qu'ils étaient «tombés des nues». Apparemment, ils ont aussi dit qu'ils ne savaient pas de qui il s'agissait. Or dans leur communiqué, ils disent qu'ils m'avaient laissé un message pour s'excuser de leur méprise... Si c’est tombé sur lui, c’est tout bêtement parce que je porte le même nom. Cela aurait pu aussi bien tomber sur François Hollande ou Franck Ribéry... Je pense en revanche qu’Atlantico aurait pu avoir un peu plus d'humour. Je leur avais dit que j’étais prêt à leur envoyer un texte pour expliquer ma démarche, mais ils ont annoncé qu'ils voulaient porter plainte sans me laisser le temps de l'écrire. Je n’ai pas de nouvelles des procédures judiciaires.

Vous regrettez que cela se termine de cette manière?

Je regrette en effet la tournure des événements. Ce n'était qu'une blague de potache, sans intention de nuire. Mais elle s'avère révélatrice de deux tendances très actuelles. D'une part, la difficulté à soulever de vrais débats de fond, ici sur la vérification des faits dans les médias. L'une des parties disqualifie l'autre en lui faisant un procès. D'autre part, l'espace réservé à l'humour devient très restreint: il y a une ribambelle d’amuseurs publics à la télévision qui ne dérangent personne et dès que l'imprévu surgit, comme avec mon canular, tout le monde s'affole. C'est l'objet de mon prochain livre sur «les tartuffes du petit écran» (éditions Jean-Claude Gawsewitch).

Une telle mésaventure vous était-elle déjà arrivée?

Luc Chatel n’est pas une star mondiale mais il m’arrive d'être pris pour lui. Je reçois parfois des coups de fil de profs énervés ou de personnes un peu dérangées, en général tôt le matin ou tard le soir. Il y a aussi les contrôleurs dans le train qui se font un plaisir de crier haut et fort «mais que faites-vous là Monsieur le ministre?». Si l'on veut avoir une lecture psy de cette histoire, façon café du commerce, on peut dire que c'était une façon de ne plus subir mon homonymie, mais pour une fois d'être à l'origine du quiproquos. D'ailleurs, je peux vous confier qu'après l'interview de mon homonyme sur France Inter, où Pascale Clark a abordé ces histoires de «vrai» et «faux» Luc Chatel, le célèbre psy Tobie Nathan m'a demandé comme ami sur Facebook. Peut-être s'est-il dit que je pourrais avoir besoin de son aide...