A Marseille, la mère infanticide dit avoir été victime d'un viol

Mickaël Penverne

— 

Une voiture de police à Paris, le 21 novembre 2010.
Une voiture de police à Paris, le 21 novembre 2010. — ALIX WILLIAM/SIPA

«Une affaire sordide, incompréhensible.» Jacques Dallest, procureur de Marseille (Bouches-du-Rhône), cache mal son désarroi face au dernier fait-divers qui secoue la cité phocéenne. Le 19 août dernier, un des résidents d'un immeuble de la rue Jeanne-de-Chantal (4e) rentre de vacances quand il remarque une odeur insistante. Il inspecte la colonne sèche et découvre, dans un sac plastique, le cadavre d'un nouveau né. Un bébé de 3,5kg, en état de décomposition.

Les policiers sont aussitôt avertis et effectuent les premiers relevés avant de commencer leur enquête de voisinage. Ils apprennent rapidement par des résidents qu'une femme est enceinte dans l'immeuble. Convoquée au commissariat, celle-ci se présente finalement, avec son mari, aux forces de l'ordre. C'est une jeune femme de 33 ans, originaire de l'Est de la France et sans emploi. Lui a 36 ans et est employé dans une boulangerie. Ils vivent modestement, dans un appartement bien tenu.

 Un mystérieux bienfaiteur
 
Le couple est placé en garde-à-vue. Au bout de quelques heures, la jeune femme passe aux aveux et reconnaît avoir tué son enfant. Mais l'histoire qu'elle va raconter aux enquêteurs comporte de nombreuses zones d'ombre. Elle explique avoir quitté, à la fin de l'année dernière, le domicile conjugal -sans dire pourquoi. Elle indique avoir erré dans les rues de Marseille pendant environ trois mois. Mais là aussi, elle se montre avare de précisions.
Elle explique ensuite avoir été recueillie par un homme qui l'aurait hébergée gratuitement pendant deux mois. L'identité de ce «bienfaiteur» demeure inconnue: elle donne un prénom mais pas de nom, ni d'adresse. Surtout, elle confie aux enquêteurs avoir été violée, en novembre 2011, dans la rue par deux hommes. Mais elle ne donne pas plus de détails sur les circonstances, les lieux, les individus, la date. Et n’a pas porté pas plainte.
 
Au petit matin
 
De retour au domicile conjugal, la jeune femme se sait enceinte. Mais elle n'avorte pas et n'en parle à personne. A la vue de son ventre qui grossit, elle explique rencontrer des problèmes intestinaux ou avoir des règles douloureuses. Apparemment, son mari se contente de ses mensonges. «Il dit n'avoir rien vu, confie Jacques Dallest. En fait, il ne se pose pas trop de questions et visiblement, se désintéresse un peu de sa femme.»
Le 15 août dernier, au petit matin, elle connaît des douleurs abdominales de plus en plus fortes. Lui se trouve à la boulangerie. Elle accouche, seule, debout dans les toilettes. Elle raconte aux policiers avoir étranglé ensuite le bébé et arraché, à la main, le cordon ombilical. Elle se dirige ensuite dans la salle de bain, ouvre le fenestron qui donne sur la colonne sèche de l'immeuble et y jette le nouveau né. C'est sa première fille, âgée de 12 ans, qui va éponger le sang dans la salle de bain. De retour à la maison, son mari remarque que son ventre a dégonflé mais ne pose pas de question.
 
Une batterie d'examens et de questions
 
La garde-à-vue du couple s'achève mercredi midi. La femme sera ensuite déférée au parquet qui devrait lui signifier sa mise en examen pour meurtre sur mineur de moins de 15 ans. Elle risque la réclusion à perpétuité. Le sort du mari, qui affirme n'avoir rien remarqué, est suspendu aux investigations. Le couple va être soumis à une batterie d'examens psychologiques, toxicologiques et génétiques pour essayer de tirer au clair cette histoire et répondre aux questions suivantes: la jeune femme s'est-elle vraiment fait violer? Qui est cet individu qui l'a hébergée pendant deux mois? Pourquoi n'a-t-elle pas avorté? Qui est le père du bébé?