Fralib: A Marseille, le bras-de-fer se poursuit

SOCIETE Les déclarations de Paul Polman, président d'Unilever, n'inquiètent pas les salariés en lutte de l'usine Fralib qui doivent rencontrer François Hollande le 31 août à l'Élysée...

Mickaël Penverne

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Un  salarié de l'usine Fralib manifeste devant l'entrée de l'usine de Gémenos (Bouches-du-Rhône), le 26 juillet 2012.
Un salarié de l'usine Fralib manifeste devant l'entrée de l'usine de Gémenos (Bouches-du-Rhône), le 26 juillet 2012. — ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

«On ne fera pas plus». Paul Polman est enfin sorti de son silence. Alors qu'une partie des salariés occupent l'usine de Fralib, à Gémenos au Nord de Marseille, depuis plus de 700 jours, le président du groupe Unilever a choisi Le Figaro ce lundi pour s'exprimer. La date retenue pour cet entretien ne doit rien au hasard puisqu'une délégation des ouvriers devait rencontrer François Hollande à l’Élysée le 22 août. Finalement, compte tenu de l'agenda du chef de l’État, le rendez-vous a été décalé au 31 août.

Paul Polman explique d'abord devoir fermer l'usine de Gémenos «car nous souffrons d'importantes surcapacités de production de thés et d'infusions en Europe». Après avoir rappelé que la multinationale a cédé ses machines pour un euro symbolique, il ajoute, à l'adresse des salariés en lutte et du gouvernement: «C'est très clair, le dossier est clos. L'équipe française a toute ma confiance (…) Il n'est pas question de céder la marque Éléphant ou de sous-traiter des volumes. Si la France ne respecte pas ses lois, cela fera peser un risque sur les investissements en France ».
 
Une pièce de théâtre
 
Les ouvriers, qui occupent l'usine Fralib, travaillent sur un projet de reprise d'activité alternatif sous la forme d'une SCOP (société coopérative et participative). Des repreneurs potentiels se sont déjà fait connaître comme Jean-Pierre Jouve, ex-dirigeant de Lustucru qui se dit prêt à mettre 15 millions d'euros sur la table pour relancer la marque Éléphant. De son côté, Yves Stunic, un ancien cadre de Nestlé, propose aux salariés de se tourner plutôt vers les marques de distributeur. Mais pour que ces projets voient le jour, il faut qu'Unilever cède la marque Éléphant et passe un contrat de sous-traitance avec la SCOP. Paul Polman vient de le réaffirmer: c'est non.
 
«Il essaye de mettre la pression sur le gouvernement avant notre rendez-vous à l’Élysée, maugrée Gérard Cazorla, de la CGT. Mais ce qu'il dit n'a rien de nouveau. D'ailleurs, pour que ce soit lui qui monte au créneau, c'est qu'Unilever ne doit pas bien se sentir dans ses souliers». C'est la même réaction du côté de la communauté urbaine de Marseille qui a racheté début août le terrain et les machines pour 5,3 millions d'euros: «C'est un non-événement. Cette position n'est pas nouvelle. Mais c'est comme une pièce de théâtre: quand on s'approche de la conclusion, les acteurs haussent le ton».
 
«L'usine de Gémenos excédentaire»
 
L’État et Unilever sont en train de négocier une convention de revitalisation du site de Gémenos qui pourrait être signée fin septembre ou début octobre. A condition que les deux parties parviennent à se mettre d'accord. La justice doit elle-aussi intervenir vers la mi-septembre sur le non-paiement des salaires de juin d'une douzaine d'élus du personnel. Puis, sans doute courant octobre puisque les salariés ont fait appel de la décision du tribunal de grande instance de Marseille, en avril, de valider le troisième plan social de la multinationale.
 
Le 13 août dernier, l'inspection du travail a rejeté le licenciement de 13 salariés protégés en précisant que «la réalité du motif économique, invoqué par l'employeur pour justifier la fermeture du site de Gémenos, n'est pas établie (…). L'usine Fralib dégage, au 31 décembre 2011, un résultat net après impôts de 2.442.751 euros et présente une trésorerie de 13.833.812 euros (…). Si le résultat net est effectivement en baisse par rapport à l'année précédente, il n'en demeure pas moins que l'usine de Gémenos reste excédentaire».