Le laboratoire qui a boosté le rosé

mickaël penverne

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Le budget de fonctionnement du Centre du rosé s'élève à 500 000 €, financés aux deux tiers par les vignerons.
Le budget de fonctionnement du Centre du rosé s'élève à 500 000 €, financés aux deux tiers par les vignerons. — P. magnien / 20 minutes

C'est l'histoire d'un vin, autrefois has been, devenu en une décennie très tendance. Impossible aujourd'hui de partager un apéro sans une bouteille de rosé. A tel point que tous les vignobles de France, et du monde, essaient de copier la recette du Pays d'Aix, du Bandol ou du Côteaux de Provence. Jusqu'au très pince-fesses Bordelais, qui met le paquet cette année sur son rosé pour se refaire une santé commerciale. A un moment ou un autre, tous ces vignerons, en mal de débouchés, viennent à Vidauban, dans le Var, au Centre de recherche et d'expérimentation sur le rosé. Créé il y a douze ans par les professionnels provençaux, ce lieu, unique en France, travaille à l'amélioration du vin : sa vinification, sa macération, sa robe, ses arômes, etc. « Les producteurs nous confient leurs interrogations. On les transforme en protocole, en résultats et enfin, en conseils », détaille Gilles Masson, directeur du Centre. Avec 5 ingénieurs et 4 techniciens, il décortique, analyse, teste ce qui fait un bon rosé. « Celui de Provence, par exemple, a des couleurs attrayantes, un goût très fruité et une sucrosité sans sucre », explique-t-il. Grâce à ce travail, le rosé a su rester cette boisson du plaisir immédiat et de la bonne franquette, tout en proposant une nouvelle gamme plus sophistiquée et plus variée.

6,6 millions d'hectolitres
Résultat, une bouteille sur quatre vendues en France a la couleur du rosé. Et l'Hexagone est le premier producteur mondial avec 6,6 millions d'hectolitres par an. Gilles Masson le martèle : le Centre de recherche n'a pas vocation à anticiper ou à formater les goûts du consommateur. Au contraire, il préserve les terroirs. « Ce qui n'est pas le cas partout. Aujourd'hui, on voit des rosés, destinés aux marchés internationaux, de plus en plus clairs, et de plus en plus sucrés… » Suivez son regard. Officiellement, l'arrivée massive du Bordeaux rosé ne fait peur à personne. « Au contraire, on boit du petit-lait, savoure Gilles Masson. A une époque, on entendait pis que pendre sur le rosé. Maintenant, c'est devenu la chaloupe de sauvetage pour beaucoup de vignobles. Mais il faut faire attention : si tout le monde saute dans la chaloupe, elle va forcément couler. »