Les chômeurs en trois dimensions

mickaël Penverne

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Le plasticien a installé un atelier mobile devant une antenne de Pôle emploi.
Le plasticien a installé un atelier mobile devant une antenne de Pôle emploi. — P.MAGNIEN / 20 MINUTES

Il cite volontiers Karl Marx. Et transforme les chômeurs en « monuments ». Originaire de la région parisienne, le plasticien Mohamed Bourouissa, 34 ans, a débarqué à Marseille il y a un an avec une idée en tête : monter un projet sur la « question du travail ». Jusqu'au jour où un de ses « potes » lui a dit : « Mais tu sais ici, on parle surtout du chômage. »

Webcam, laser et logiciel
Il a donc transformé un camion en chambre noire, et grâce à une webcam, un laser et un logiciel, il s'est mis à scanner des demandeurs d'emploi. L'opération en 3D dessine un moule qui devient, au final, une statuette en résine, un peu grossière.
« L'idée, c'est de donner une matérialité aux chômeurs, explique-t-il. De leur assurer une représentation physique. Un demandeur d'emploi, ce n'est pas qu'un numéro, c'est aussi un corps. » Il a installé son « atelier » mobile devant l'antenne de Pôle emploi à la Joliette (4e). Une centaine de chômeurs se sont déjà prêtés au jeu. Il aimerait en faire un millier : « Parce qu'un jour, j'ai lu un article qui disait qu'il y avait 1 000 chômeurs de plus par mois depuis le début de la crise. »
L'une de ses « modèles » descend du camion. La jeune femme lui suggère de remplacer la résine par de la cire : « Pour brûler la statue quand on a retrouvé un emploi. »
Mohamed Bourouissa veut organiser une exposition de son travail l'année prochaine. Une date devrait bientôt être confirmée pour le mois de janvier prochain à la Friche de la Belle de Mai (3e). En attendant, il vend ses « monuments » 2 € pièce, au marché aux puces des Arnavaux (15e). Pas pour se faire de l'argent mais « pour replacer l'art dans une certaine réalité, une dynamique économique ».