à la recherche des peintres inconnus

caroline Delabroy

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Retour à l'envoyeur. Trempé à l'encre rouge, le tampon est apposé sur une lettre de 1942, adressée à un détenu du camp des Milles. Ce courrier fait partie des 79 documents patiemment collectés par l'association philatélique du Pays d'Aix, dont le travail fait ces jours-ci l'objet d'une exposition à la galerie Alain Paire. Comme souvent dans les histoires, le début relève presque du hasard. Un négociant met aux enchères une douzaine de lettres provenant de ce camp qui, entre 1939 et 1943, a vu plus de 10 000 personnes y être internées.

Production artistique
« Nous ne voulions pas voir ce patrimoine de la région éparpillé un peu partout en France ou dans le monde, se souvient Yvon Romero, président de l'association. On a réussi à racheter tout le lot et, dès lors, compléter la collection est devenu un projet de club. Quand nous avons commencé, il y a 25-30 ans, l'histoire du camp était encore taboue, personne n'en parlait trop ». Un acte de donation est en cours au bénéfice de la Fondation du Camp-des-Milles, qui les exposera au site-mémorial (lire ci-dessous).
L'aventure des philatélistes prend un tour plus artistique. De fait, la caractéristique essentielle du camp réside dans la production artistique réalisée par les internés. Dans la période (1939-1940) où il accueillait des étrangers ressortissants du Reich, qui pourtant souvent avaient fui le fascisme, beaucoup d'entre eux étaient intellectuels et artistes. En retrouvant notamment les descendants du gardien de l'époque, les philatélistes ont aussi découvert des peintures réalisées par les internés, exposées également à la galerie. « Les peintres les offraient souvent en échange de petites faveurs », explique Alain Paire. L'une d'elle est baptisée « La tuilerie du camp ». Les philatélistes entendent éplucher tous les noms des internés pour tenter de déchiffrer la signature du peintre anonyme. Souriant, Yvon Romero n'avoue qu'une seule déception de collectionneur, celle de ne jamais avoir la carte envoyée par Max Ernst à une amie galeriste parisienne. Il était écrit : « Ma chère Jeanne, SOS. Max ».

pratique

Les lettres et les peintures des internés du Camp des Milles sont exposées jusqu'au 23 mars à la galerie Alain Paire (www.galerie-alain-paire.com), au 30 rue du Puits Neuf à Aix-en-Provence. La galerie est ouverte du mardi au samedi de 14 h 30 à 18 h 30. Entrée libre. Tél : 04 42 96 23 67.