Les Arméniens scandalisés

mickaël penverne
— 
Une manif des organisations  arméniennes en janvier à Paris.
Une manif des organisations arméniennes en janvier à Paris. — A. GELEBART / 20 MINUTES

   Le Conseil constitutionnel a censuré hier la proposition de loi de Valérie Boyer condamnant la négation du génocide arménien de 1915. « Même si nous ne sommes pas en mesure de contester cette décision qui s'impose à nous, je la trouve parfaitement discutable », a déclaré hier Valérie Boyer dans un communiqué. 

 Lobby contre lobby
Après le vote du texte en janvier, une soixantaine de parlementaires, de droite comme de gauche, avaient déposé un recours devant la Haute juridiction. Les Sages de la rue Cambon leur ont donné raison en estimant que ce texte portait atteinte à « l'exercice de la liberté d'expression et de communication ». À Marseille, où vivraient environ 100 000 descendants d'Arméniens, les élus n'ont pas tardé à réagir. « Je partage la déception et la tristesse de tous ceux qui auraient souhaité voir cette loi promulguée car le négationnisme est intolérable et je demeure convaincu qu'il doit être combattu », a déclaré ainsi le maire UMP de Marseille, Jean-Claude Gaudin. Dans la communauté arménienne, c'est la colère qui domine. « Cela voudrait dire qu'en France désormais, certains génocides peuvent être niés et d'autres non », s'insurge Julien Harounyan du conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF Marseille-Provence). Pour les partisans de cette loi, la décision du Conseil constitutionnel est la conséquence du lobbying de la Turquie qui avait vivement protesté contre le vote de cette proposition de loi. « Ce pays a réussi son ingérence dans nos affaires intérieures, reprend Julien Harounyan. Dont acte. Cela veut dire que nous devrons intensifier dans les semaines qui viennent notre lobbying dans toute la classe politique, et même jusqu'au Conseil constitutionnel ». Nicolas Sarkozy a déjà annoncé qu'il chargeait le gouvernement de préparer un nouveau texte sur le sujet.
 

la négation

La France reconnaît deux génocides, celui des Juifs et celui des Arméniens. Mais jusqu'à présent, elle ne punit que la négation du premier. La loi Gassot réprime, elle, tous propos racistes, antisémites et xénophobes.