« Ils nous ont abandonnés »

Jérôme Comin

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Certains naufragés ont retrouvé leur famille hier à Marseille.
Certains naufragés ont retrouvé leur famille hier à Marseille. — P.MAGNIEN / 20 MINUTES

«Sur le bateau, c'était l'horreur. Jamais je n'aurais cru que ce genre de choses était possible. » Nadine était encore sous le choc hier à son arrivée en bus à l'hôtel Ibis de la Joliette à Marseille. Accompagnée de douze autres rescapés du Costa Concordia, qui s'est échoué vendredi soir à quelques centaines de mètres de la petite île de Giglio en Toscane, cette Seynoise d'une cinquantaine d'années a du mal à mettre des mots sur la catastrophe meurtrière qu'elle a vécue. La peur est encore présente dans le regard de ces naufragés. Mais rapidement, un autre sentiment fait surface : la colère.

Des poursuites envisagées
« L'organisation était bidon, fulmine Christophe, qui voyageait avec plusieurs membres de sa famille dont ses deux enfants âgés de 3 et 6 ans. Cet équipage était composé de lâches. Ils nous ont tout simplement abandonnés. » De nombreux témoignages pointent en effet des lacunes au moment de l'évacuation, avec notamment un commandant de bord qui a quitté le navire en premier. « Après le premier choc, on a vu les membres de l'équipage passer avec des gilets de sauvetage, affirme Marie-Claude, qui a été la dernière à être évacuée par hélicoptère. Ils nous ont dit : “Tout va bien, restez à l'intérieur.” Mais en fait, ils en ont profité pour partir. Heureusement que le petit personnel, lui, est resté pour nous aider. » La rancœur contre le personnel de bord est d'autant plus tenace qu'aucun exercice d'évacuation n'a été effectué dans la semaine, affirme plusieurs rescapés. Du coup, certains envisagent des poursuites judiciaires contre Costa, l'opérateur du paquebot. « Il va falloir qu'ils nous donnent des explications, tranche Frédéric qui fêtait l'anniversaire de sa femme samedi. Après un tel cauchemar, j'espère qu'on va se réunir avec les autres passagers pour engager des poursuites. »

Psychologie

Parmi les 289 personnes prises en charge, 155 ont vu la cellule psychologique. « Leur situation est plutôt stable, a expliqué hier Gilles Alvarez, commandant des opérations de secours. Mais la meilleure thérapie est qu'ils retrouvent leur famille. »