Un rapport suscite un malaise croissant

Jérôme comin

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Les lieux de cultes marseillais sont pointés du doigt.
Les lieux de cultes marseillais sont pointés du doigt. — P.MAGNIEN / 20 MINUTES

Les associations ne se sont pas faites prier pour réagir vertement. Objet de leur courroux : un document de travail de huit pages sur les prières de rue et la pratique de l'islam dans la cité phocéenne, non signé, émanant de la sous-direction de l'information générale des Bouches-du-Rhône (anciens RG) et révélé hier par le quotidien La Marseillaise.

Rapport contradictoire
Ce rapport confidentiel de mars 2011 remis à la Direction du renseignement intérieur épingle tout d'abord le grand nombre de lieux de cultes dans la ville. « L'abondance de salles à Marseille est en majeure partie le reflet de divisions de tous ordres, obédientielles, aussi bien que nationalistes, ethniques voire salafistes qui opposent les musulmans marseillais. » Du coup, le document préconise « non pas plus de mosquées, mais mieux de mosquées. » « Encore une fois, on enferme le musulman dans le cliché du terroriste, de celui qui ne respecte rien, fulmine Nassera Bernmarnia, directrice de l'Union des familles musulmanes à Marseille. En plus le rapport est contradictoire car il demande de réduire les lieux de culte alors que la prière déborde sur les rues. J'ai l'impression que l'Etat répond dans l'urgence à des polémiques lancées par l'extrême droite. »
Le rapport pointe ensuite la communauté comorienne, déjà visée en octobre par le ministre de l'Intérieur Claude Guéant. La mosquée de la rue Gaillard (3e) « ne se veut que comorienne, lieu d'un islam empreint de tribalisme, est-il écrit dans le document. D'évidence, l'existence de cet endroit est un obstacle direct à la bonne insertion des Comoriens dans l'espace marseillais, sorte de marginalisation volontaire. »
Une analyse complètement erronée pour Albassie Massoudi. « C'est absolument faux, la mosquée est ouverte à tout le monde, s'emporte le porte-parole du mouftora de Marseille. La personne qui a rédigé ce rapport n'a pas assez de connaissances concernant la communauté comorienne et la religion musulmane. » Contactés par nos soins, ni la préfecture des Bouches-du-Rhône, ni le ministère de l'Intérieur n'ont souhaité communiquer sur cette affaire.