Sans-papiers : la vie s'organise à l'OMI

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Au troisième étage des anciens locaux de l'Office des migrations internationales (OMI), les enfants, rentrés de l'école, investissent les couloirs. Comme chaque jour à 17 heures, c'est le goûter collectif. Onze jours après leur arrivée, la vie s'est organisée pour les 70 familles sans papiers qui occupent l'immeuble pour réclamer leur régularisation. « Nous avons reçu de nombreux dons. Nous avons encore besoin de tout ce qui est aliment et produit d'hygiène, surtout pour les enfants. Les adultes, on peut se débrouiller », explique Aminata Diouf, porte-parole du Collectif des Sans-papiers 13, qui soutient les familles aux côtés d'associations, dont le réseau Education sans frontières.

Les enfants dorment avec leurs mères dans des pièces aménagées avec des matelas. Les hommes, eux, se sont installés dans le hall. « C'est pour faciliter les rondes : toutes les deux heures, ils se relaient pour surveiller l'entrée du bâtiment », explique Nerouza, 33 ans. Avec son mari et ses deux enfants, elle attend sa régularisation depuis 2001. « Nous sommes ici pour briser le silence avec la préfecture. On veut des réponses, pas du mépris. »

C'est le cas de quatre familles expulsées en novembre d'un immeuble rue Fiocca, et que la préfecture proposait de reloger à l'unité d'hébergement d'urgence de la Madrague, qui a mis le feu aux poudres. « Même les autorités disent que la Madrague n'est pas un endroit pour une famille. Il y a la loi, mais de l'autre côté, il y a l'humanité », dénonce Aminata, qui exige la régularisation pour tous les sans-papiers.

Vendredi, après avoir reçu les quatre familles, dont la situation sera examinée « au cas par cas », la préfecture a martelé qu'il n'était « pas question de procéder à des régularisations massives ». Ce qui n'entame en rien la détermination de Nerouza. « Un jour, je me baladais avec la poussette et sans le vouloir, j'ai bousculé un caniche. Sa propriétaire voulait déposer plainte, invoquait la loi. Les animaux ont des droits et nous, êtres humains, nous n'en aurions pas ? » Une manifestation partira cet après-midi de la porte d'Aix à 16 h.

Stéphanie Harounyan