Les rêves et les craintes des musulmans marseillais

mickaël penverne

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Au moment de la prière pour l'Aïd en novembre 2010, au parc Chanot.
Au moment de la prière pour l'Aïd en novembre 2010, au parc Chanot. — P. Magnien / 20 minutes

Qui sont les musulmans marseillais ? Quelles sont leurs aspirations, leurs préoccupations et leurs difficultés ? Pour répondre à ces questions, deux chercheurs du CNRS d'Aix-en-Provence, Françoise Lorcerie et Vincent Geisser, ont investi le 3e arrondissement de la cité phocéenne. Pendant près de trois ans, ils ont interrogé environ 300 personnes dans une série d'entretiens individuels ou de groupes de parole.
Leur rapport, qui fait partie d'un programme mené dans 11 villes européennes par la fondation Open Society, a été présenté hier au World Trade Center. L'étude n'a pas la prétention de dresser un portrait-robot exhaustif des musulmans. Elle remarque, en revanche, que les personnes interrogées se sentent majoritairement marseillaises mais qu'elles pestent aussi contre la vétusté de leur quartier. Qu'elles expriment « leur adhésion au principe de laïcité » mais doutent que celle-ci soit mise en œuvre « équitablement ». Qu'elles s'inquiètent de l'insécurité tout en regrettant que leurs craintes ne soient pas « reconnues ». Qu'elles sont confrontées, enfin, au racisme mais aussi à la ségrégation résidentielle entre le nord et le sud de la ville.
Face à ces difficultés, Françoise Lorcerie et Vincent Geisser n'avancent pas de recette miracle. Mais une série de recommandations à l'attention des employeurs privés et publics : accorder un jour férié pour l'Aïd, garantir une « distribution équitable » des logements sociaux ou encore recruter des musulmans au sein de la police municipale. Mais, prévient Françoise Lorcerie, c'est aussi aux musulmans de faire preuve d'initiative : « Il ne suffit pas de faire des rapports pour alimenter les politiques publiques. Tout dépend surtout de leur capacité à s'organiser et mener des actions collectives. »