Le procès D'une tournante

Laurent Berneron

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La famille Gueye et leur avocat, hier à la cour assises d'Aix-en -Provence.
La famille Gueye et leur avocat, hier à la cour assises d'Aix-en -Provence. — P.MAGNIEN / 20 MINUTES

Sur le banc des parties civiles, Matar Gueye consigne dans son carnet chaque minute du procès. Pour tenter d'expliquer les raisons qui ont conduit à la mort de sa fille Cécilia, le président de la cour d'assises appelle à la barre le docteur Prat, psychiatre. « Tout homme un peu humain a du mal à comprendre », concède d'emblée l'expert.

Hôtel bon marché
Le soir du 8 décembre 2008, quatre coaccusés, âgés de 18 à 25 ans, se donnent rendez-vous pour « aller troncher Cécilia », révéleront leurs conversations téléphoniques. Dans le quartier, à la Valbarelle, les jeunes mâles s'imaginent la jeune fille docile, avide de sexe. Elle est en fait dépressive et paumée, blessée par une relation passée. Vers 20 h, ils l'emmènent en voiture, sans lui parler de leur destination. Le trajet de quelques kilomètres vers un hôtel bon marché de la Valentine dure deux heures : le temps de la saouler avec un litre de vodka. Dans la chambre, ils la violent tour à tour. Le deuxième sur leur liste la décrit comme « limite inconsciente », les suivants diront d'elles qu'elle était « inerte ».
Plusieurs heures après les faits, deux d'entre eux consentent à emmener la victime à l'hôpital. Sur le chemin, ils appellent les pompiers, qui ne peuvent que constater le décès. L'autopsie révélera un taux d'alcoolémie de six grammes.
Pour le docteur Prat, les quatre accusés ne souffrent « d'aucune pathologie » mais vivent dans « une pauvreté culturelle ». Dans « la culture de la performance, de l'exploit sexuel, avec une banalisation de la transgression », échafaude le psychiatre. Hier, au deuxième jour du procès, les coaccusés n'ont montré aucun signe de repentance. « Je n'attends rien d'eux, je veux les oublier, réagissait Matar Gueye. Que la justice les condamne à ce qu'ils méritent. Mais je voudrais que les jeunes des quartiers comprennent que les tournantes, ce n'est pas la sexualité. Les “plans cul”, comme ils disaient à propos de Cécilia, c'est un crime. » Les accusés encourent 20 ans de prison. Le verdict est attendu vendredi.