Collecte des ordures: bennes et bonne année

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Entretien avec Jean-Claude Gaudin Sénateur-maire de Marseille, président de la communauté urbaine de Marseille (CUM). Marseille a traversé une fin 2005 difficile, paralysée par plusieurs longues grèves. Comment l’avez-vous vécue ? C’était un automne pourri, avec des conflits sociaux multiples et quelques fois inutiles. Mais, comme lorsqu’il y a des travaux dans un grand magasin, la vente continue. J’ai notamment négocié pendant les grèves le financement 2006-2012 d’Euroméditerranée. Durant les quarante-six jours de conflit à la RTM, excepté un jour et demi par semaine à Paris, j’étais dans ce bureau. Les contacts étaient permanents. Nous avons mis en place des bus de substitution, du covoiturage, des aides pour les commerçants... D’ailleurs, ce conflit a démontré que le tramway était bien nécessaire au centre-ville, le plus atteint économiquement par les grèves. Maintenez-vous votre position concernant le tramway ? En 2005, la communauté urbaine a versé une subvention d’équilibre de 116 millions d’euros à la RTM. Cette subvention a augmenté de 60 % en cinq ans. Ce sont les contribuables de Marseille et des dix-sept autres communes de la CUM – qui ne bénéficient en rien de ce réseau – qui ont payé. On me dit que la CUM récupère le versement transports [payé par les entreprises]. Mais si je n’étais pas obligé de le verser intégralement dans la RTM, je le mettrais dans un réseau Marseille-Cassis, Marseille-La Côte Bleue ou La Ciotat. Aujourd’hui, le coût de la grève est évalué entre 8 et 10 millions d’euros pour la CUM, qu’il va falloir que je trouve d’ici au vote du prochain budget, en mars. Peut-être va-t-il falloir retarder tel ou tel projet ou les revoir à la baisse. J’espère de très bonnes rentrées fiscales. Durant ces conflits, vous aviez dit que la CGT avait fait faire à Marseille un bond de dix ans en arrière. C’est aussi le cas pour l’image de la ville ? Je ne pense pas. Justement, pendant ce temps-là, nous mettions en place d’autres choses, notamment deux nouvelles zones franches. En 2005, nous avons investi pour 80 millions d’euros de travaux dans la ville, comme le tunnel Saint-Charles. La vie a continué. Quelles sont vos grandes priorités pour 2006 ? Nous allons travailler sur des partenariats public-privé. Plusieurs dossiers de ce type seront engagés, ce qui nous permettra de gagner dix à vingt ans dans leur réalisation. Ainsi, nous pourrons accélérer la construction de la L2, à l’est et au nord de la ville. Ce type de partenariat devrait aussi être utilisé pour le stade nautique de Montfuron (10e), pour les futurs prolongements du métro, la troisième ligne de tramway et le stade Vélodrome du futur. Initialement, l’agrandissement du Vélodrome ne devait pas se faire avec l’argent public. Il faudra quand même de l’argent public pour ce projet, mais un petit peu. Le plan de déplacement urbain prévoit d’augmenter l’offre de transports en commun et de réduire l’accès des voitures au centre-ville. Pour le moment, on a les horodateurs mais pas plus de transports en commun... On ne peut pas demander tout et son contraire, exiger une circulation plus fluide en centre-ville et continuer à se garer en double ou en triple file pour aller chercher son pain. Sur le tramway, nous tenons les délais. Sur les horodateurs, nous avons peut-être eu au début une vue trop technocratique. Après, nous n’avons pas hésité à baisser les tarifs ou à réduire les zones de stationnement payant. Aujourd’hui, la page est tournée. En matière de logement, notamment social, Marseille souffre d’un déficit chronique. Quelque 22 000 personnes sont sur liste d’attente... Il faut préciser que ces demandes ne sont pas toutes faites par des Marseillais ! Ensuite, avec 18,7 % de logements sociaux, nous sommes presque à la hauteur de la loi SRU [qui fixe un minimum de 20 % de logements sociaux]. Certaines communes socialistes voisines sont à zéro... Il y a dix ans, on construisait 1 000 logements par an à Marseille toutes catégories confondues. Aujourd’hui, on en fait 3 500. L’an dernier, 5 500 permis de construire ont été délivrés, soit 1 700 de plus qu’en 2004. Votre plan local de l’habitat prévoit 20 % de logements sociaux sur les nouvelles constructions. Pensez-vous pouvoir tenir cet objectif ? La réalité, c’est que je me heurte à l’égoïsme de nos concitoyens : ils veulent bien que l’on construise des logements sociaux, mais pas à côté de chez eux. Il y a même un déviationnisme scandaleux : dès qu’un permis de construire est déposé, des gens vont se constituer en associations et vont ensuite essayer de négocier auprès du promoteur, qui une place de parking supplémentaire, qui un studio... C’est devenu habituel. On retrouve ces réticences chez les élus de secteur, y compris ceux de votre bord. Les élus de proximité sont à l’écoute de la population. Ils ont d’énormes pressions. Même pour convaincre mes propres amis politiques, il faut que je mette beaucoup de conviction et un peu d’autorité. Or, c’est indispensable, car nos concitoyens demandent à être logés. J’ai fixé des objectifs : 6 000 logements par an dans la CUM et au moins 5 000 à Marseille. Je reconnais que pour l’instant, on n’en est qu’à 3 500, mais je continue à me battre. Autre projet qui rencontre beaucoup de réticences, l’incinérateur. Irez-vous jusqu’au bout ? Je souhaite rendre la construction de cet incinérateur irréversible avant la fin de mon mandat. J’écoute ce que disent les élus de Ouest-Provence. On va tenter de faire un peu moins d’incinération et plus de méthanisation et de tri sélectif. Bernard Granié [président de Ouest-Provence] constate d’ailleurs que nous faisons un effort. Les élus de Ouest-Provence viennent quand même de voter l’interdiction de toute implantation industrielle sur leur territoire et prévoient un référendum sur leurs prérogatives dans la zone industrielle... Ces élus étaient bien contents d’encaisser la taxe professionnelle de ces industries pendant des années ! Si j’avais eu sur la CUM un terrain suffisamment éloigné de toute habitation pour construire cet incinérateur, je l’aurais choisi. Je le répète : cette usine ultramoderne respectera toutes les normes et ne doit pas émettre de produits toxiques. Pourquoi n’avoir pas rallié le plan départemental d’élimination des déchets, qui prône la méthanisation plutôt que l’incinération ? Le plan départemental, c’est une vue générale. Tant que c’est une vue générale, tout le monde est d’accord. Mais dès que l’on parle d’ouvrir de nouvelles décharges, le président du conseil général se heurte aux mêmes difficultés que moi. D’après le rapport de la chambre régionale des comptes et selon vos propres déclarations, la situation financière de la CUM est très délicate. Comment redresser la barre ? Quand nous avons créé la communauté urbaine en 2000, nous avons sans doute sous-estimé les dépenses. Les dépenses de personnel d’abord, que nous avons fait profiter des avantages des fonctionnaires de la municipalité. Celles de la RTM ensuite. Et de la propreté. Le matériel transféré par les communes était le plus usagé. On ne m’a pas refilé une Porsche Cayenne ! L’opposition m’attaque sur la situation financière, mais c’est bien la preuve que nous avons été transparents sur le sujet. Va-t-il falloir augmenter les impôts ou abandonner des grands chantiers pour équilibrer les comptes ? Il n’est pas question d’abandonner des projets comme l’enfouissement de la passerelle de l’A55. Ils prendront peut-être un peu de retard, mais ils seront maintenus. Au niveau fiscal, on ne peut pas augmenter la taxe sur les ordures ménagères, qui est à son maximum. Ma seule possibilité est d’augmenter modestement la taxe professionnelle sur les entreprises cette année. C’est la seule hausse d’impôt que je ferai. Vous souhaitiez gérer la CUM dans un consensus droite-gauche. Est-ce possible ? Le consensus a volé en éclat. La gauche m’a soutenu tant qu’il s’agissait de partager le gâteau, mais quand il faut faire des choix difficiles, on me renvoie au débat caricatural droite-gauche. La gauche a rendu la présidence d’une des trois commissions qu’elle dirige. Je crois que ça les démange de me rendre les deux autres. Les élections municipales ont été repoussées en mars 2008. Approuvez-vous cette nouvelle date ? Je regrette surtout que le gouvernement ait cédé à la pression du Conseil d’Etat en repoussant les élections sénatoriales en septembre 2008, après les municipales [les sénateurs sont élus par un collège comprenant notamment les maires]. Vous comptez évidemment vous représenter aux municipales... J’ai 66 ans. Beaucoup de maires sont plus âgés que moi et souhaitent se représenter. Tant que j’aurai une bonne santé et un soutien politique, je resterai. Quel adversaire préfériez-vous affronter à gauche ? Quel qu’il soit, je le prendrai en considération. La bataille sera difficile, elle l’a toujours été pour moi. Quels seront vos grands thèmes de campagne ? C’est un peu tôt pour le dire. Mon objectif est de redonner à Marseille ses chances de succès. Passer de deux à trois lignes de tramway, faire d’autres prolongations de métro. Faire de Marseille une capitale euroméditerranéenne. Et votre avenir national : visez-vous la présidence du Sénat ? Evidemment, à qui ça déplairait ? D’autant que j’en prends l’habitude puisqu’en tant que vice-président, je dirige régulièrement les séances. Mais avant tout, la première étape, c’est de me faire réélire. Nous verrons après les municipales. En tant que vice-président de l’UMP, vous occupez une place d’observateur privilégié du combat des chefs Sarkozy-Villepin... A l’UMP, je rends service. Nicolas Sarkozy a souhaité que je sois vice-président. Je continue à présider la commission nationale des investitures du parti. Pour l’instant, il ne s’agit pas de rivalité. Il s’agit surtout de convaincre que ma préférence va à un candidat de ma famille politique et pas deux. Quel héritage politique et personnel souhaiteriez-vous laisser derrière vous ? J’aimerais qu’on dise d’abord : « Il était marseillais », ce qui n’a pas été le cas de tous les maires de Marseille, puis « il a aimé sa ville et a tout fait pour la faire avancer ». Recueilli par Stéphanie Harounyan et Frédéric Legrand Les déchets sont décidément dans l’air du temps : déjà mobilisée sur le front de l’incinérateur, la communauté urbaine Marseille-Provence- Métropole (MPM) a jeté vendredi les bases d’une réorganisation de la collecte des ordures marseillaises. Les bonnes résolutions 2006 ? Une mécanisation accrue (acquisition de grandes bennes destinées aux cités, nouvelles balayeuses et arroseuses) et la suspension du ramassage dominical dans certains secteurs. Le centre-ville ne serait a priori pas concerné par cette dernière mesure. Bientôt testé dans le 9e arrondissement, ce plan reste au conditionnel. Présenté vendredi aux syndicats, il sera négocié dans les mois à venir. Majoritaire à la mairie de Marseille, FO prévient déjà : « Nous demandons aussi la création d’une police municipale de la propreté. On ne peut pas demander aux agents de salubrité de faire des efforts si les Marseillais ne respectent pas leur travail », considère Patrick Rué, secrétaire général adjoint. Il émet aussi des réserves sur l’absence de ramassage le dimanche : « C’est faire des économies au lieu d’embaucher. » Les autres syndicats évoquent également le manque de moyens humains : « Il manque 150 à 200 agents de propreté à Marseille », estime Patrick Couton, secrétaire général de l’Unsa. Son homologue FSU, Roger Aymard, va plus loin : « Il faut en finir avec le clientélisme pour les nominations, les primes et les recrutements. Cela a un effet désastreux sur la motivation des agents. » Guylaine Idoux

faveur Majoritaires depuis 1948 à la mairie de Marseille, les délégués FO ont été reçus à 14 h par le directeur des services de MPM pour la présentation du plan. Les autres syndicats ont été reçu ensemble à 15 h 30.