Le Panier revit l'opération Sultan

Frédéric legrand

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Des gerbes de fleurs ont été déposées devant le mémorial des camps de la mort, près du J4.
Des gerbes de fleurs ont été déposées devant le mémorial des camps de la mort, près du J4. — P.MAGNIEN / 20 MINUTES

Soixante-huit ans après, pour la première fois, Marseille a commémoré hier au pied du fort Saint-Jean (2e) l'opération Sultan, la rafle et la destruction du Panier, en janvier 1943. Le chemin a été long pour faire resurgir la mémoire de la plus grand rafle de l'Occupation après celle du Vel d'Hiv. « Même ceux qui ont vécu la période confondent souvent cette opération avec les bombardements de Marseille », souligne Jean-Pierre Carlon, qui a réalisé un documentaire sur le sujet*. Oubli dû aussi à la mauvaise réputation du quartier durant la Guerre : « Longtemps on a dit “Pour une fois, les Allemands ont bien fait” », soupire Anne Sportiello, conservateur au Mémorial des camps de la mort.

6000 arrestations
Quand les Allemands envahissent le sud de la France, fin 1942, Marseille est une de leurs principales cibles. Idéologiquement, les nazis rejettent cette ville cosmopolite, terre d'émigration, où se sont réfugiés depuis le début du conflit des centaines d'opposants de toutes nationalités. Stratégiquement, Marseille risque aussi d'être un point d'entrée pour les Alliés. Une série d'attentats réussis par la Résistance déclenche les représailles.
Le soir du 22 janvier 1943, début du shabbat, 4 000 soldats allemands, mais surtout 12 000 policiers français encerclent le bas du Panier et l'Opéra. En centre-ville, 6 000 personnes sont arrêtées dont 780 juifs, déportés vers les camps de la mort. Au Panier, 25 000 habitants sont évacués, dont 600 déportés dans un camp de concentration. Quinze jours durant, l'armée allemande dynamite mille cinq cent maisons sur les quatorze hectares du bas du Panier. Le secteur détruit correspond presque rue pour rue à un plan de réhabilitation décidé par Vichy en 1942. « Il y a eu au minimum convergence entre la peur des Allemands d'une guerilla à proximité du port, en cas de débarquement allié, et des intérêts locaux qui ont exploité cette peur », estime Anne Sportiello.
Aucun des 780 déportés de l'Opéra ne reviendra des camps. Parmi les 600 du Panier, seuls 100 survivront. Pour ­retrouver leur quartier totalement ­détruit.