« Je suis une simple victime », clame Federici

Frédéric legrand

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Mes Dupont-Moretti, Acquavia et Mattei, avocats d'Ange-Toussaint Federici, hier à Aix.
Mes Dupont-Moretti, Acquavia et Mattei, avocats d'Ange-Toussaint Federici, hier à Aix. — P. Magnien / 20 minutes

Un commando de huit à dix hommes, trois morts, et dans le box des accusés, une seule personne : Ange-Toussaint Federici. Coupe au bol, renfrogné, pull noir et veste de velours gris, le braqueur multirécidiviste de 40 ans a réaffirmé hier son innocence devant les assises d'Aix, à l'ouverture du procès de la tuerie des Marronniers. Le soir du 4 avril 2007, un commando surgit dans le bar pour abattre le caïd Farid Berrahma et deux de ses lieutenants. Une vingtaine de coups de feu claquent, d'au moins quatre armes différentes. Sur place, les policiers trouvent une traînée de sang partant du bar jusqu'à la rue. L'ADN est celui de Federici. Ils recueillent aussi plusieurs pièces d'un fusil à pompe. L'une d'elles comporte également une trace ADN de Federici qui n'est « vraisemblablement pas » issue de son sang.
Dans le box, encadré par cinq policiers, l'accusé n'en démord pourtant pas : « Je suis une simple victime, assure-t-il. Je suis venu au bar pour un rendez-vous. J'ai commandé une eau minérale, je regardais dehors voir si mon rendez-vous arrivait. Deux hommes sont entrés et ont tiré, j'ai essayé de m'échapper, je me suis accroupi et j'ai pris une balle. Après, je ne me rappelle même plus la direction que j'ai prise. » Problème : aucune trace de son verre d'eau sur la scène de crime, et aucun client ou serveur du bar ne se souvient avoir vu Federici. Seul le patron des Marronniers s'est opportunément souvenu de sa présence. Mais les policiers le soupçonnent d'avoir subi des pressions, tout comme l'une des clientes, qui sur une écoute téléphonique dit avoir reçu la visite « de Corses ».
Lors de la reconstitution des meurtres, la version de Federici est considérée comme « techniquement possible ». Mais elle suppose que les tireurs aient ouvert le feu dès leur arrivée sur la terrasse du bar, réduisant à néant leur effet de surprise. Comment expliquer aussi les résidus de poudre sur le côté droit des vêtements que portait Federici ce soir-là ? « J'aime la chasse », répond-il au juge d'instruction. Mais en ce mois d'avril, la chasse est fermée depuis longtemps. Pour l'accusation, Federici aurait en réalité été victime d'un tir de l'un de ses complices, cherchant à atteindre un lieutenant de Berrahma. La thèse est appuyée par des témoignages qui décrivent l'un des agresseurs comme blessé, porté par ses complices jusqu'à une voiture. Suite des débats aujourd'hui.