jugement en demi-teinte au tricastin

Frédéric legrand

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Manifestation en octobre 2008 au Tricastin, après une série d'incidents sur le site.
Manifestation en octobre 2008 au Tricastin, après une série d'incidents sur le site. — TSCHAEN / SIPA

Rejeter 75 kg d'uranium dans deux rivières, ce n'est pas polluer. La société Socatri, filiale d'Areva, a été relaxée hier des accusations de pollution après une fuite dans son usine du Tricastin en juillet 2008. Le tribunal de Carpentras l'a cependant condamnée à 40 000 euros d'amende pour avoir attendu plusieurs heures avant de prévenir les autorités. À l'audience, le parquet avait réclamé la condamnation pour pollution, 100 000 euros d'amende et la fermeture la partie du site incriminée.

« Vide juridique »
« Areva s'est engouffré dans un vide juridique, explique Benoist Busson, avocat du Réseau sortir du nucléaire. En France, il n'y a pas de seuil maximum légal d'uranium dans l'eau douce. Tant que l'on ne prouve pas des effets sur la santé des consommateurs, on ne peut pas établir le délit de pollution ». Pour le Réseau, ce jugement est malgré tout une décision « sans précédent », « la première condamnation en matière de nucléaire ». Avocat pour Greenpeace et les Amis de la terre, Alexandre Faro se dit au contraire « très déçu ». « On en est au même stade qu'aux premiers procès pour dégazage en mer, quand les tribunaux estimaient qu'il n'y avait pas de preuve de pollution ».
Fin septembre, l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) avait présenté son rapport sur l'impact de la fuite. Parmi 400 prélèvements réalisés dans la nappe phréatique, moins de 1,5 % présenteraient des taux d'uranium supérieurs aux 15 microgrammes par litre préconisés par l'OMS. « Il y a tout de même quelqu'un chez qui cela a atteint 70 microgrammes au robinet », souligne Benoist Busson. Les associations attendaient hier la communication complète du jugement pour décider ou non de faire appel. La Socatri n'a pas souhaité pour sa part faire de commentaire.