Pas de boues rouges à l'usine de Gardanne

Frédéric Legrand

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L'usine Rio Tinto fabrique de l'alumine à Gardanne depuis plus de 40 ans.
L'usine Rio Tinto fabrique de l'alumine à Gardanne depuis plus de 40 ans. — A.-C. POUJOULAT / AFP

Dès la catastrophe des boues rouges survenue la semaine dernière en Hongrie, tous les regards se sont tournés vers Gardanne. Dans l'ancien bassin minier, l'usine Rio Tinto Alcan fabrique depuis plus de 40 ans de l'alumine, comme le site d'Ajka. Jeudi, la secrétaire d'Etat à l'Ecologie Chantal Jouanno a demandé un « nouveau contrôle » du site de Gardanne. Sur place, Rio Tinto se veut rassurant : « Contrairement à ce qui s'est passé en Hongrie, nous ne stockons aucun résidu sous forme liquide, assure Frédéric Ramé, directeur général de l'activité alumine de spécialités. Nous utilisons un procédé qui permet de récupérer plus de 96 % de la soude [composant qui occasionne les brûlures dans les boues d'Ajka] et qui transforme les résidus en matière sèche et inerte ».

Gravier réutilisable
La soude étant réutilisée dans l'usine, ne reste qu'un gravier rouge, assez large. La majeure partie est stockée dans une décharge toute proche. L'eau de pluie y est récupérée par un système de drainage, ramenée à l'usine et filtrée. Rio Tinto espère bien réussir à revendre cette « bauxaline » pour couvrir des décharges publiques, réaliser des digues ou des sous-couches de routes, dépolluer des sites ou faire pousser de la végétation. Mais le stockage « à sec » des résidus d'alumine ne concerne que 20 % à 50 % des résidus produits à Gardanne.
L'autre partie est évacuée sous forme liquide, via un tuyau long de 55 km, qui plonge en mer pour s'arrêter à 7 km au large de Cassis. Les résidus sont alors jetés à la mer, à 300 m de profondeur, au-dessus d'une fosse marine de 2 400 m de fond. « Le tuyau est suivi quotidiennement, assure Gilbert Magnan (FO), secrétaire du comité hygiène et sécurité. Elle fait des relevés de pression et patrouille le long du tracé. »
En 40 ans, plusieurs fuites ont déjà eu lieu lors de travaux de voirie ou de changement de joints. « Il y a eu quelques pollutions avec des boues rouges dans un cours d'eau, admet Roger Meï, maire (PC) de Gardanne. On avait alors fait des tests à la station d'épuration, puis on avait réintroduit des poissons, ça n'avait pas eu d'impact. » A l'autre bout du tuyau, un comité scientifique étudie l'impact des rejets en mer. L'Etat, lui, « après plus de 10 années d'investigations, considère que ces rejets ne présentent pas d'effet toxique sur la faune ».

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Alcan devrait réduire ses rejets en mer : 250 000 tonnes cette année, 190 000 l'an prochain, et plus rien en 2016. L'usine devrait investir 20 à 30 millions d'euros pour construire deux « filtres-presses » pour augmenter sa production de bauxaline.