Gardanne, la planète rouge

REPORTAGE Comment l'usine d'alumine des Bouche-du-Rhône stocke-t-elle ses résidus?...

A Gardanne, Frédéric Legrand

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L'usine Alcan exploitée par la societé Rio Tinto à Gardanne.
L'usine Alcan exploitée par la societé Rio Tinto à Gardanne. — ANNE-CHRISTNE POUJOULAT/AFP PHOTO

Sur le bitume, sur les trottoirs qui longent l’usine, sur la plupart des machines et des tuyaux, une fine poussière rouge, qui donne à tout un faux air rouillé. A Gardanne (Bouches-du-Rhône), dans l’arrière-pays entre Aix et Marseille, l’usine Rio Tinto Alcan fabrique depuis plus de 40 ans de l’alumine, comme le site d’Ajka. Dès la catastrophe hongroise, tous les regards se sont tournés vers l’usine.

«Nous ne stockons aucun résidus sous forme liquide»

La secrétaire d’Etat à l’Ecologie Chantal Jouanno a demandé hier un «nouveau contrôle» sur le site de Gardanne. Rio Tinto se veut rassurant: «Contrairement à ce qui s’est passé en Hongrie, nous ne stockons aucun résidus sous forme liquide, assure Frédéric Ramé, directeur général de l’activité alumine de spécialités. Nous utilisons un procédé qui permet de récupérer plus de 96% de la soude [composant qui occasionne les brûlures dans les boues d’Ajka] et qui transforme les résidus en matière sèche et inerte».

La soude étant réutilisée dans l’usine, ne reste qu’un gravier rouge, assez large. La majeure partie est stockée dans une décharge sur le flanc d’une colline toute proche, les grands plateaux couverts de rouge faisant penser à un voyage sur Mars. L’eau de pluie y est récupérée par un système de drainage, ramenée à l’usine et filtrée. Rio Tinto espère bien réussir à revendre cette «bauxaline». L’entreprise l’a déjà testée pour couvrir des décharges publiques, réaliser des digues ou des sous-chouches de routes, dépolluer des sites ou faire pousser de la végétation.

Rejetés à la mer

«La décharge a une capacité qui permet à l’usine de fonctionner jusqu’en 2025, détaille Frédéric Huguet, directeur de la communication pour les alumines de spécialités. Plus on arrive à valoriser la bauxaline, plus on peut continuer à exploiter l’usine.» Mais le stockage «à sec» des résidus d’alumine ne représente à Gardanne que 20% à 50% de tous les résidus produits. L’autre partie est évacuée sous forme liquide, via un tuyau large d’une trentaine de centimètres et long de 55 km, qui plonge dans la mer pour s’arrêter à 7km au large de Cassis.

Les résidus sont alors jetés à la mer, à plus de 300 m de profondeur, au-dessus d’une fosse marine de 2 400m de fond. «Le tuyau est suivi quotidiennement par une équipe spécialisée, assure Gilbert Magnan, élu FO et secrétaire du comité hygiène, sécurité et conditions de travail (CHSCT). Elle fait des relevés de pression et patrouille le long du tracé.» En 40 ans, plusieurs fuites ont déjà eu lieu lors de travaux de voirie ou de changement de joints.

«Pas d’effet toxique sur la faune en place»

«Il y a eu quelques pollutions avec des boues rouges dans un cours d’eau, admet Roger Meï, maire (PC) de Gardanne. Mais on avait fait des tests à la station d’épuration, puis on avait réintroduit des poissons, ça n’avait pas eu d’impact.» A l’autre bout du tuyau, la société de plongée Comex ainsi qu’un comité scientifique étudient l’impact des rejets en mer. Selon le secrétariat d’Etat à l’Ecologie, «après plus de 10 années d’investigations, le comité scientifique considère que ces rejets ne présentent pas d’effet toxique sur la faune en place».

Selon les engagements pris avec l’Etat, Rio Tinto devrait progressivement réduire ses rejets en mer: 250.000 tonnes cette année, 190.000 l’an prochain, et plus rien à partir de 2016. L’usine devrait investir 20 à 30 millions d’euros pour construire deux nouveaux « filtres-presse » pour augmenter sa production de bauxaline.