Marseille tient bon sur les salles de shoot

Laurent berneron

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Marseille dispose actuellement de distributeur de seringues accessibles dans la rue.
Marseille dispose actuellement de distributeur de seringues accessibles dans la rue. — P.MAGNIEN / 20 MINUTES

Matignon a refermé le couvercle sur le débat politique, mais le projet marseillais de salle d'injection pour toxicomanes poursuit son chemin. « Loin des feux de la rampe, on continue à travailler », affirme la docteur Patrick Padovani, adjoint (UMP) au maire en charge des questions de toxicomanie.

Visite en Suisse
En août, l'opportunité de créer des salles d'injection à moindre risque pour les toxicomanes avait été envisagée par la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot… Avant d'être tuée dans l'œuf par François Fillon, qui avait jugé ces salles « ni utiles, ni souhaitables ». En visite à Marseille fin août, la ministre de la Santé avait soigneusement évité de reparler du dossier. Vendredi, les présidents de Médecins du monde et d'Aides ont cependant demandé au Premier ministre de « rouvrir le débat ». Dans quelques jours, le docteur Patrick Padovani et d'autres élus locaux en charge de la santé devraient se rendre à Genève pour y visiter une « salle de shoot ». Un rapport est en préparation et l'élu espère poursuivre “la réflexion” avec l'objectif de créer un équivalent marseillais « d'ici fin 2011 ».
Car ces salles sont « le chaînon manquant dans l'accompagnement des toxicomanes », indique Marie Laure de Severac, déléguée régionale de l'association SOS Drogues, qui gère notamment le « Sleep-in » du quartier Saint-Charles, un lieu d'accueil de nuit. « L'idée est d'entrer en contact avec une population qui échappe complètement au système de soins », note-t-elle. Ville pilote dans le traitement de la toxicomanie, Marseille dispose déjà de centres d'accueil, de distributeurs de seringues, mais pas de salle d'injection. Or, sur le millier de toxicomanes recensé par les associations dans la cité phocéenne, beaucoup sont des personnes sans logement, qui « s'injectent tout et son contraire, vite fait, mal fait », le plus souvent dans la rue. « C'est une situation qui créé un conflit entre le consommateur et le passant, alors qu'il faut lever le regard inquisiteur sur le toxicomane, qui est avant tout un malade, un patient », note le docteur Padovani. Avant l'été, les habitants des 1er et 7e arrondissements, où beaucoup de toxicomanes SDF trouvent refuge, s'étaient prononcés en faveur de l'ouverture d'un centre de consommation. « L'opinion publique est beaucoup moins ignare que le gouvernement dans ses récentes déclarations », tranche Marie Laure de Severac.

Sevrage

Il existe 78 centres de consommation dans le monde. Comme à Vancouver, au Canada, où le partage de seringues a diminué de 69% et la demande de sevrage a augmenté de 33%, selon SOS Drogues.