La rivière Nartuby, à Trans-en-Provence hier.
La rivière Nartuby, à Trans-en-Provence hier. — S. DANNA / AFP

Marseille

Dans les villes et villages, la vie tente de reprendre peu à peu

Dans un bruit de torrent, une eau café au lait dévale la pente, traversant Trans-en-Provence de part en part. Sur les berges de la rivière, le courant a rejeté des portes, un bidon, une cuvette de WC, et planté &agr...

Dans un bruit de torrent, une eau café au lait dévale la pente, traversant Trans-en-Provence de part en part. Sur les berges de la rivière, le courant a rejeté des portes, un bidon, une cuvette de WC, et planté à 45 degrés deux mètres de glissière de sécurité, arrachés à la nationale. Plus bas, une partie du cimetière a été emportée dans les flots. « A force d'aménagements, la rivière avait perdu les deux tiers de sa largeur, soupire Jean-Pierre, de retour d'une distribution de pain. Aujourd'hui elle a repris ses droits. » Plus loin, dans le vieux centre du village, pompiers, employés de mairie et entreprises s'activent pour déblayer les voies. « On a été appelés par la mairie en renfort avec 40 hommes, 7 camions, des bulldozers et des bobcats, explique Robert Valero, envoyé par une entreprise de BTP de Fréjus. On est là pour deux jours, mais il y en a au moins pour une semaine de boulot, avec tout ce que les habitants sortent de leur cave… » Derrière lui, près de la fontaine, Martine, la patronne du Bar du commerce, distribue du café et des parts de gâteau. « Toute la réserve a décongelé, explique-t-elle. Et puis on a aussi un vieux téléphone qui fonctionne encore. On le prête aux gens qui ont besoin de passer des appels d'urgence. » Car dans tout le village, les téléphones portables peuvent recevoir des appels, mais plus en émettre. « J'ai 49 messages depuis hier », rigole un jeune à moto. Au fond de la place, dans la rue longeant la rivière, une file d'attente s'est formée devant la mairie pour récupérer de l'eau et des provisions. Les panneaux d'affichage listent les supermarchés de la région encore ouverts et détaillent la procédure pour déclarer les sinistres aux assurances. En chasubles jaune fluo, deux employés de la mairie sortent des chariots remplis de provisions. « Ça a été amené par les pompiers et l'armée, mais aussi par des habitants, expliquent-ils. On va ravitailler les personnes âgées isolées. »
En fin d'après-midi, plus de 92 000 foyers étaient toujours privés d'électricité et 15 000 de téléphone dans toute la zone sinistrée. Sur les hauteurs de la colline, à Draguignan, la situation reste très contrastée d'un pâté de maison à l'autre. En centre-ville, parfois dans la même rue, certains voient tous leurs réseaux en panne, d'autres au contraire ont tout qui fonctionne parfaitement. « Entre hier après-midi et ce matin, on nous a tout rétabli, explique Florence, cogérante du boucher-traiteur Au bon bœuf. On a pu faire des plats chauds, la plupart des gens dans le quartier n'ont plus de four ou de plaque en état de marche. »

Un seul axe pour sortir
Devant la vitrine, sur les grands axes intérieurs de la ville, la circulation est redevenue presque fluide. « Les voies pour rentrer dans la ville sont sécurisées, note Didier Gauthé, directeur général adjoint de la ville. Mais il n'y a encore qu'une seule voie pour sortir. La 2 x 2 voies en direction de Trans est bloquée pour au moins une semaine encore. » Sur la route longeant l'école d'artillerie, un bouchon de plusieurs kilomètres s'est formé pour atteindre l'entrée de l'autoroute. Dans le sens inverse, des puissants camions d'EDF amènent des générateurs. D'autres tractent des citernes d'eau pour les pompiers. « En ville, toutes les bornes à incendie sont vides, il n'y a plus de pression », note Alain Baiges, commandant des sapeurs-pompiers du Var. Tout en poursuivant le nettoyage, entreprises et particuliers commençaient hier à remplir des constats d'assurance. Collectivités et services de secours se refusent à évaluer d'ores et déjà le montant des réparations. « Tout le réseau d'eau et d'assainissement est à refaire, on n'a pas encore d'évaluation sur la totalité des routes et des ponts, sans parler des immeubles », pointe Stéphane Gouiffès, responsable du territoire de Draguignan au conseil général du Var. « La vague a fortement touché la zone d'activité où étaient implantées beaucoup de PME, note Didier Gauthié. La ville va mettre des années à s'en remettre. »
frédéric legrand