Marseille ne boude pas Bouddha

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« Nam mo a di da phat... je salue Bouddha », murmure Dieu Tam, 53 ans, devant l’autel de son petit appartement aux Réformés. Comme beaucoup d’autres bouddhistes asiatiques, cette Marseillaise originaire du Vietnam prie chez elle. Elle se rend une fois par semaine à Pho Da, l’une des quatre pagodes, lieux de culte traditionnels, de la cité phocéenne. Mis à part Truc Lâm, dans le 11e, c’est dans les quartiers Nord qu’elles se sont discrètement implantées. Un oeil attentif peut toutefois distinguer sur les hauteurs de Marseille, à la sortie du tunnel de l’autoroute Marseille-Aix, le Bouddha doré du temple Phap Hoa. Arrivé en France dans les années 1960 avec la vague d’immigration asiatique, le bouddhisme a bénéficié à Marseille, ville de mixité ethnique et religieuse, « d’un accueil plus tolérant que dans le reste du pays », note Philippe Ronce, auteur du Guide des centres bouddhistes de France. Les Vietnamiens constituent le plus gros vivier du bouddhisme à Marseille et dirigent trois des quatre pagodes, la dernière étant cambodgienne. En plus des lieux de culte traditionnels, on dénombre aujourd’hui six centres bouddhistes gérés par des occidentaux. L’Union bouddhiste de France estime à 6 000 le nombre de pratiquants à Marseille. Paradoxalement, les bouddhistes « traditionnels » et les nouveaux convertis entretiennent peu de contacts. A Pho Da, la pagode de Dieu Tam, des nonnes vietnamiennes, têtes rasées et en tenues traditionnelles, accueillent le visiteur en vietnamien. « Les pagodes, commente Bruno Etienne, directeur de l’Observatoire du religieux de l’IEP d’Aix, constituent une attache identitaire et culturelle pour les populations asiatiques et attirent moins les occidentaux. » La tradition séculaire a pourtant dû s’adapter. « En Asie, les moines vivent de l’aumône, explique le Vénérable Thich Tâm Truong, responsable religieux de la communauté bouddhiste. Mais ici, je travaille comme jardinier. Les fidèles sont tous immigrés et sont trop pauvres. » Céline Bernard